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Accueil > Axes de recherche > Littérature et arts : discours, échanges, transferts > Littérature et arts de la scène

- Le théâtre populaire avant le Théâtre National Populaire, 1750-1914

Responsable : Olivier Bara

publié le , mis à jour le

La notion de « théâtre populaire » est ancrée dans le XXe siècle où elle fut portée par les théories de Romain Rolland et par les activités de Maurice Pottecher, de Firmin Gémier (Théâtre national ambulant, 1911, Théâtre national populaire, 1920) ou de Gaston Baty, et bien sûr de Jean Vilar à Avignon et Paris, avant Villeurbanne. La notion était redéfinie au même moment par Roland Barthes en opposition au « théâtre bourgeois » ou au « théâtre commercial ».

Le théâtre populaire, en tant que pratique collective mais aussi en tant que théorie esthétique et idéal social, possède une histoire plus ancienne, éminemment complexe, aussi mouvante et protéiforme que la notion de « peuple » et l’adjectif « populaire ». « Théâtre du Peuple » fut ainsi le nom donné à la première salle de l’Odéon en 1794. Au fil du XVIIIe siècle, l’émergence d’un nouveau public issu du tiers-état et de nouvelles cultures urbaines a déplacé les enjeux de la poétique dramatique, doublée, sur les tréteaux, par des pratiques anarchiques et innovantes. Celles-ci se multiplient encore pendant la Révolution grâce à la liberté des théâtres octroyée en 1791. De cette liberté théâtrale et de cette invention esthétique naissent les genres dramatiques, souvent appelés « populaires » sans que cet adjectif recouvre une qualification nette, voués à dominer la scène française du XIXe siècle : l’opéra-comique, le vaudeville, la féerie et le mélodrame. L’époque romantique n’aura de cesse d’imaginer ou de créer un théâtre « populaire », ou « du peuple », conçu comme le lieu de réunification de la nation (« populaire » est synonyme de « national » dans la pensée libérale d’un Guizot, en partie reprise par Victor Hugo ou par Théophile Gautier), comme lieu d’éducation des masses populaires (Charles Nodier dans sa Préface au Théâtre choisi de Pixerécourt ; George Sand sous la deuxième République), ou comme lieu utopique où se déploierait une énergie créatrice inscrite à l’état pur dans un peuple mythifié (Sand encore, mais aussi Gérard de Nerval).

Face à des institutions théâtrales occupées à sauver la poétique classique, les formes anarchiques nées sur les foires, dans les théâtres secondaires ou dans les « spectacles de curiosités » (selon la hiérarchie imposée en 1806 par le régime impérial), se caractérisent en effet par une hybridité esthétique et une créativité visuelle ou sonore (d’où naissent la « mise en scène » et le « spectaculaire ») souvent rebelles à toute approche historique ou théorique étroitement classificatrice, ou logocentrique. Ces scènes éphémères ne laissent pas toujours beaucoup de traces textuelles lorsqu’elles relèvent du théâtre de société ou du théâtre joué en privé par les artisans et les ouvriers (dont témoigne l’acteur Bouffé dans ses Mémoires).

C’est à cette culture de la scène, parallèle aux pratiques institutionnelles et savantes, que s’attachera notre enquête.

La réflexion et l’étude pourront se répartir en trois grands champs d’investigation.

1. Le peuple spectateur : pratiques culturelles et représentations littéraires.

2. Des vertus morales et sociales d’un théâtre pour le peuple.

3. Formes et esthétiques d’un théâtre populaire.

Objectif

Plusieurs séances de séminaire (dans le prolongement des séances déjà organisées depuis 2007) complétées par deux journées d’études, devant aboutir à la réalisation d’un ouvrage collectif. Ce dernier sera accompagné d’une anthologie du théâtre populaire sous forme électronique, présentant l’image la plus complète possible du texte théâtral : le texte et ses variantes (coupures imposées par la censure, notamment), les dessins de décorations et de costumes quand ils ont été conservés, les partitions de musique de scène lorsqu’elles existent.

Voir le programme du séminaire