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- L’esclavage dans le monde arabo-musulman au miroir des littératures d’expression française et anglaise, de la Révolution française à la Seconde guerre mondiale

Responsables : Sarga Moussa et Daniel Lançon (Grenoble 3)

publié le , mis à jour le

Dans le prolongement du colloque international « Littérature et esclavage (XVIIIe-XIXe siècles) » (2009), on voudrait continuer d’explorer une problématique sous-évaluée dans les études littéraires en France. Il s’agira, dans un premier temps, de traiter d’un espace culturel au travers de l’évolution de points de vue européens, sans s’interdire, toutefois, de s’intéresser à la représentation de l’esclavage par les écrivains et intellectuels des sociétés qui ont, elles aussi, pratiqué l’esclavage de populations d’origines très variées.

Une approche différencée de la question des esclaves, qui prendra également en compte les « élites », si l’on ose dire (les Mamelouks ou les blanches dans les harems nobiliaires…), permettra de rendre compte de la complexité paradoxale des représentations topiques (rendues célèbres par certains tableaux orientalistes) et de soumettre à la discussion les traditionnelles figures du « despotisme oriental ». Les récits des voyageuses et des voyageurs mais aussi, plus tardivement, ceux des Orientales et des Orientaux, sont bien plus variés qu’on ne pourrait le croire, mise en scènes d’espaces allant du Maroc à l’Arabie, mettant en évidence la traite (caravane, marché…) ainsi que les formes de l’esclavage sexuel et domestique qui s’ensuivit.

La question de la voix des esclaves ou anciens esclaves, des subalternes, apparaîtra certainement comme centrale dans ce projet, sachant que cette voix a souvent été véhiculée par des institutions occidentales (maisons d’édition, sociétés abolitionnistes…). Il faut donc rester prudent quant à l’idée d’une quête d’« authenticité » parfois mise en avant dans les cultural studies : toujours médiatisée, faisant parfois appel à une rhétorique du témoignage, la voix de l’esclave (le plus souvent de l’ancien esclave) participe elle-même à la construction de sa propre figuration littéraire. Les énonciations multiples seront prises en compte, d’Occident et d’Orient, en français et en anglais principalement, sans omettre de possibles excursions dans les corpus en turc et en arabe. Les fictions théâtrales et romanesques comme les essais sont envisagées selon des logiques discursives permettant de comprendre les liens entre esthétique et éthique de l’altérité.

En tant que constitutive des discours occidentaux, la construction des différences entre esclavage oriental et esclavage atlantique sera une question décisive comme le montrera l’étude des discours moraux abolitionnistes (laïques et chrétiens) face à l’argumentaire relativiste des esclavagistes occidentaux en terre d’Orient.

C’est donc à une étude sur la circulation des images, des discours et des savoirs sur l’esclavage qu’invitent les organisateurs de ce projet, lequel impliquera des collaborations nationales et internationales, ainsi qu’une approche clairement interdisciplinaire.

L’objectif sera de préparer un colloque international à Lyon.