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- L’imaginaire raciologique en France et en Russie

Responsables : Serge Zenkine (Université des Sciences Humaines de Moscou, LIRE) et Sarga Moussa (CNRS, LIRE)

publié le , mis à jour le

Présentation

Aux XIXe et XXe siècles, à l’époque des États-nations, des conquêtes coloniales et des impérialismes d’inspiration libérale, communiste et fasciste, la réflexion sur les « races » humaines a été l’un des courants les plus actifs, les plus influents et les plus problématiques de la pensée de différents pays. Située au croisement du positivisme naturaliste et de la philosophie de la culture, elle a tenté de résoudre les problèmes de définition et de classement de l’espèce humaine posés dès le XVIIIe siècle, notamment par Buffon. Ce faisant, elle a hiérarchisé les « races », associant à des traits physiologiques des qualités psychologiques ou intellectuelles supposées héréditaires. La voie était ouverte au polygénisme, à savoir la croyance en la pluralité des souches originaires de l’homme, au point de mettre en doute l’idée même d’un possible croisement des « races ». Les apports de l’anthropologie et de la linguistique naissantes, voisinant avec des mythologies pseudo-historiques, des complexes xénophobes et des idéologies politiques ont contribué à leur prégnance historique, y compris dans la littérature et les arts, et plus généralement dans la vie intellectuelle. C’est finalement tout un imaginaire raciologique qui en a résulté, dont il s’agirait tout à la fois de mettre en lumière le mode de fonctionnement et de diffusion, mais aussi les formes de résistance qu’il a suscité.

Une comparaison historique de deux pays aussi différents que la France et la Russie serait un bon point de départ. En France les idées sur la « race » se présentaient dès le XIXe siècle comme des doctrines relativement cohérentes et prétendant au statut scientifique, en Russie il s’agit plus souvent de théories et de motifs vagues, disséminés dans la littérature et les essais politiques ; la notion même de « race » n’y est pas toujours bien distinguée de celles de « nation », d’« ethnie », de « civilisation », etc.

Il faudrait aussi examiner les cas de transferts culturels : quel rôle l’Allemagne a-t-elle joué dans la diffusion en Russie de la théorie de Gobineau ? les écrits d’un vulgarisateur comme Le Bon, la fin du XIXe siècle, ont-ils fait l’objet d’une réception particulière chez tel ou tel écrivain russe ? les voyageurs ont-ils pu jouer un rôle d’intermédiaires dans cette affaire ? à l’inverse, les traductions d’ouvrages russes ont-elles contribué à la formation d’un certain imaginaire ethnologique dans la littérature française du XXe siècle ?

Enfin, il faudra prendre en compte les différentes formes de contestation du discours raciologique. S’il a fallu attendre la fin de la Seconde guerre mondiale pour que l’idée de « race humaine » soit mise en cause, cette notion n’implique pas toujours un regard dépréciatif, ou peut faire l’objet d’une valorisation.

Participants LIRE

  • Sarah Al-Matary (Passages XX-XXI, associée au LIRE)
  • Jean-Christophe Emmengger (doctorant Lyon-Fribourg)
  • Philippe Régnier (CNRS, directeur du LIRE)
  • Claude Rétat (CNRS)

Colloque

L’UMR LIRE propose, en collaboration avec Serge Zenkine, un colloque qui réunira des historiens des idées, de la littérature et de la vie quotidienne, des anthropologues et des sociologues des deux pays (travaillant à Moscou, Saint-Pétersbourg, Paris, Lyon et ailleurs).

Ce colloque sera organisé en coopération par l’Institut d’études supérieures en sciences humaines (IVGI) de l’Université des sciences humaines (RGGU) de Moscou, par la Commission à la littérature et la culture intellectuelle de la France (auprès de l’Académie des sciences de Russie) et par l’UMR LIRE (CNRS-Université Lyon 2). Il se déroulera à Moscou, à la RGGU, en 2012.