Nos tutelles

CNRS

Nos partenaires

Rechercher




Accueil > Evénements > Colloques > Archives des colloques du LIRE

« L’invention de la Sibérie chez les écrivains et voyageurs français (XVIIIe-XIXe siècles) »

Colloque international organisé par Sarga Moussa (LIRE, CNRS Lyon 2) et Alexandre Stroev (CERC, Paris 3). 18-20 novembre 2010

publié le , mis à jour le

Présentation

Le colloque fait partie du festival « Sibérie Inconnue » qui présentera la création contemporaine russe sous toutes ses formes, du 15 au 21 novembre 2010 à Lyon. La manifestation est initiée par la Fondation Mikhaïl Prokhorov dans le cadre de l’Année croisée France - Russie.

Vue de l’Occident, la Sibérie incarne la Russie à l’extrême. Entre le XVIIe et le XXe siècle, on la considère comme terre de souffrances, royaume de la mort. Les mémoires des Français, prisonniers en Sibérie, ne manquent pas (Thesby de Belcour), aussi bien que des romans et des drames qui décrivent le sort des exilés (J.-F. de La Harpe, Bernardin de Saint-Pierre, Dulaurens, Sade, Mme Cottin, Dumas, Jules Verne, etc.). Des philosophes faux-monnayeurs et des libertins, des hommes politiques et des aventuriers, des militaires et des écrivains, traversent contre leur gré ces contrées tout à la fois orientales et septentrionales.

D’autres, des missionnaires et des diplomates, des astronomes et des géographes français et francophones explorent le pays (Delisle de la Croyère, Chappe d’Auteroche, Lesseps, Potocki). Les enjeux diplomatiques, commerciaux et religieux sont de taille, car les routes qui lient l’Europe et la Chine passent par la Sibérie. Certains voient dans la Sibérie la terre promise, le berceau de la civilisation humaine (comme l’astronome Bailly). Depuis des siècles, des voyageurs y cherchent les vestiges du pays utopique des Hyperboréens, l’Atlantide sibérienne, un royaume chrétien perdu (Tenduc) qui figure sur plusieurs cartes géographiques. Des monstres et des animaux mythiques mentionnés par des auteurs antiques réapparaissent en Sibérie, considérée comme la Scythie. Quelquefois, les relations savantes entrent en dialogue avec les légendes orales et écrites : on évoque le fameux boranetz, mouton végétal ; le mammouth est décrit comme serpent, poisson, béhémot, animal souterrain qui meurt à la surface, en respirant l’air. Les récits des découvertes sensationnelles fascinent Diderot et Voltaire, réapparaissent dans la presse et les correspondances, dictionnaires et encyclopédies, traités philosophiques et ouvrages géographiques.

L’exploration de la Sibérie, organisée par l’Académie des sciences de Russie, à laquelle prennent part les savants français, fait découvrir les us et coutumes des peuples autochtones, leurs langues, religion, habitudes alimentaires, chasse et pêche, mariage. Le mythe du bon sauvage, adepte de la philosophie naturelle, et celui du barbare cruel et anthropophage, les images de l’âge d’or et de l’enfer cèdent la place à un intérêt véritable pour l’altérité, pour un mode de vie différent géré par ses propres lois.

On propose plusieurs axes pour ce colloque pluridisciplinaire où les approches littéraires, historiques et ethnologiques doivent s’épauler :

  • 1. Les Français séjournant en Sibérie : prisonniers de guerre, y compris les soldats de Napoléon, précepteurs chez les aristocrates, militaires, administrateurs, comme Thomas de Villeneuve, commandant de Tomsk. Certains s’y établissent définitivement et apportent au pays leur savoir-vivre et leur savoir-faire. « J’ai envie de répondre que j’en ai besoin pour introduire les belles manières dans nos provinces », écrivait ironiquement Catherine II à Voltaire en 1773.
  • 2. Les récits de voyages en Sibérie : évolution des textes et des images (dessins, gravures, tableaux), analyses diachroniques et synchroniques. Des amples informations, recueillies dans les anthologies de M. Alekseev et de E. Zinner, consacrées aux voyages des Européens en Sibérie entre le XIIIe et le XVIIIe siècle, pourraient être complétées par les récits des voyageurs de la fin du XVIIIe et du XIXe siècle.
  • 3. La Sibérie dans les ouvrages géographiques français, y compris les cosmographies, dans les dictionnaires et dans l’Encyclopédie.
  • 4. La Sibérie dans la fiction française.
  • 5. La Sibérie dans la presse française et francophone, du Pour et Contre de l’abbé Prévost à la Revue de Deux Mondes.
  • 6. Les regards croisés : études comparatives des fictions et des récits de voyages européens et russes, en Sibérie et au Grand nord (en Amérique, en Laponie). Le dialogue polémique, entamé par l’Antidote et le Chamane de Sibérie de Catherine II, se prolonge au XIXe siècle. La traversée romanesque de la Sibérie, effectuée par Robinson et Vendredi, précède les exploits de Michel Strogoff et les aventures de Rocambole.

On souhaite consacrer la majeure partie de communications aux textes du XVIIIe et du XIXe siècle, ce qui n’exclut pas quelques incursions en aval et en amont de la période considérée.

Programme

Lieu du colloque : ISH, 14 avenue Berthelot, Lyon 7e (à préciser)

- Jeudi 18 novembre

Les récits de voyage au nord de la Russie et en Sibérie, XVIe-XVIIIe siècles

14h — Ouverture du colloque

  • Nathalie Fournier, vice-présidente du conseil scientifique chargée de la recherche, Université Lyon 2
  • Irina Prokhorova, Fondation Mikhaïl Prokhorov, Novoe Literatournoe Obozrenie

14h30-15h30

Les précurseurs

  • Présidence : Alexandre Stroev
  • Bruno Vianey (Lycée Français de Moscou), Le premier récit d’un Français en Russie : le voyage de Jean Sauvage en Moscovie en 1586
  • Natalia Kopaneva (Archives de l’Académie des sciences, Saint-Pétersbourg), Les relations des jésuites français dans le livre de Nicolaes Witsen Noord en Oost Tartarye (1692)

Représenter la Sibérie

  • Présidence : Anne-Marie Mercier-Faivre

16h-17h

  • Alain Guyot (Université Grenoble 3) : Le paysage sibérien : un paysage du Nord ?
  • Nikolaï Kopanev (Bibliothèque nationale de Russie, Saint-Pétersbourg) : Histoire de l’édition française du livre de G. Fr. Muller, Voyages et découvertes faites par les Russes le long des côtes de la mer Glaciale et sur l’Océan Oriental (1766)

— 

- Vendredi 19 novembre

Sibérie : enfer ou paradis terrestre ?

9h30-10h30 — Survivre en Sibérie

  • Présidence : Nikolaï Kopanev
  • Vladislas Rjeoutski (Université Paris 3), Les Français en Sibérie au XVIIIe siècle
  • Marie-Pierre Rey (Université Paris 1), Les soldats de la Grande Armée exilés en Sibérie

10h45-12h15 — L’imaginaire de la Sibérie

  • Présidence : Elena Gretchanaïa
  • Carole Chapin (Université Paris 3), La Sibérie dans les revues russes du XVIIIe siècle
  • Alexandre Stroev (Université Paris 3), La Sibérie utopique des Lumières

14h-15h30 — Les explorations savantes

  • Présidence : Marie-Pierre Rey
  • Alexandre Tchoudinov (Institut d’histoire universelle, Moscou), Le voyage de Gilbert Romme en « Sibérie » en 1781
  • Michel Cadot (Université Paris 3), La voie vers la Chine : le journal de voyage de A.A. Tesleff (1805-1806)
  • Charles Stépanoff (École pratique des hautes études, Paris) : Terreur et génie. Points de vue croisés des chamanes sibériens et voyageurs français

16h-17h — L’hospitalité sibérienne

  • Présidence : Michel Cadot
  • Galina Kabakova (Université Paris Sorbonne), Sibérie, pays d’hospitalité ? D’après les récits de voyages anglais et français (XVIIIe-XIXe siècles)
  • Elena Gretchanaïa (Institut de littérature mondiale, Moscou), La Sibérie valorisée : de l’Antidote de Catherine II à Xavier de Maistre

— 

- Samedi 20 novembre

La construction littéraire de la Sibérie

9h30-10h30 — La terre d’exil

  • Présidence : Sarga Moussa
  • Charlotte Krauss (Université de Strasbourg) : La Sibérie, monde possible de la fiction française du XIXe siècle
  • Sarah Al-Matary (Université Lyon 2), Une Sibérie à l’usage des jeunes gens : la fonction édifiante de la figure de Prascovie Lopouloff en France (1806-1900)

11h-12h30 — Voyages et littérature

  • Présidence : Delphine Gleizes
  • Marie-Laure Aurenche (LIRE, Université Lyon 2), Les voyageuses en Sibérie dans Le Tour du Monde
  • Sarga Moussa (LIRE, CNRS, Université Lyon 2) : Michel Strogoff face aux « hordes tartares »
  • Anne-Victoire Charrin (INALCO, Paris), La rencontre en Yakoutie d’un jeune scientifique allemand et d’un poète russe : genèse d’une Lettre romantique

12h30 — Clôture du colloque

— 

Voir l’annonce du colloque sur le site de la Fondation Prokhorov

— 

Programme en PDF à télécharger

— 

Pour voir la vidéo réalisée par l’équipe de Lyon 2 lors du colloque, cliquez sur l’image.