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Littérature et esclavage (XVIIIe-XIXe siècles) 18-20 juin 2009

Sous la responsabilité de Sarga Moussa

publié le , mis à jour le

Organisé par l’UMR LIRE,

À l’Institut des Sciences de l’Homme, Lyon (salle Élise Rivet, 4e étage)

du 18 au 20 juin 2009


Pour aller directement au programme, cliquez ici.


Texte d’orientation

Les historiens ont déjà consacré de nombreux travaux à l’esclavage [1] . Les littéraires, en tout cas en France, à part quelques critiques [2], n’ont guère tiré parti de ce thème, si ce n’est en mettant l’accent sur la figure du Noir [3], ce qui ne recoupe que partiellement la question de la représentation de l’esclavage (il y eut par exemple des esclaves blanches), alors même que ce thème traverse les littératures occidentales, en particulier aux XVIIIe et XIXe siècles, époque où se développe la traite négrière, mais où, simultanément, les philosophes engagent le débat qui conduira à l’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises, – même si celui-ci sera rétabli par Bonaparte, après la Révolution, jusqu’à son abolition définitive par la France, en 1848.

À l’heure actuelle, ce sont surtout des travaux de chercheurs étrangers, d’abord aux États-Unis [4], mais aussi en Italie [5] qui montrent toute la richesse littéraire d’une figure comme celle de l’esclave, du personnage fondateur d’Oronoko [6] , dont le portrait est fortement européanisé, à celle du révolté romantique comme Bug-Jargall de Victor Hugo (1826), en passant par le « bon nègre » qu’on trouve par exemple dans Adonis (1798) de Jean-Baptiste Picquenard [7] . La figure de l’esclave traverse les genres (roman, nouvelle, récit de voyage, théâtre, poésie, autobiographie…), mais pas de la même façon selon les cultures envisagées : un article récent met ainsi en évidence la présence importante d’autobiographies d’anciens esclaves dans la littérature anglaise, où la lecture de la Bible aurait facilité l’accès à une parole autonome quasiment absente en France [8].

Pourtant, ces différents territoires géographiques et culturels ne sont pas étanches, loin s’en faut : s’il est évident que les philosophes (Rousseau, Raynal, Condorcet…), sans jamais avoir été des anti-esclavagistes au sens propre, ont préparé la voie aux mouvements abolitionnistes en Europe, aux États-Unis et sans doute, bien que plus tardivement, en Orient [9], on peut aussi se demander dans quelle mesure l’Angleterre, qui a aboli l’esclavage en 1833, n’a pas joué en retour un rôle de stimulateur auprès de la France, malgré (ou à cause de) la situation de rivalité coloniale entre les deux pays. Une perspective comparatiste s’impose donc si l’on veut comprendre le phénomène dans toute sa diversité, d’autant que l’esclavage n’a pas forcément marqué la mémoire collective de la même façon selon l’histoire des pays envisagés, – ainsi il s’est développé sur le territoire même des États-Unis, alors que pour la France des XVIIIe et XIXe siècles, il était directement lié à la question des colonies.

D’autre part, il faut aussi poser la question du « genre » (gender) : le fait qu’un certain nombre de récits relatifs à l’esclavage soient écrits par des femmes (Aphra Behn, Olympe de Gouges, Germaine de Staël, la duchesse de Duras, Marceline Desbordes-Valmore…) et parfois aussi, plus spécifiquement, pour un lectorat féminin (La Case de l’oncle Tom de Harrriet Beecher-Stowe) doit faire réfléchir sur la parenté structurelle entre différentes formes de discrimination, et sur l’extension possible d’un discours (et d’un contre-discours) portant sur les différentes relations possibles entre « maître » et « esclave », y compris sur un plan métaphorique, comme lorsqu’il est question de la condition des ouvriers à l’époque de la révolution industrielle [10].

Il faut aussi mettre en évidence les cautionnements philosophiques comme la formule aristotélicienne de l’« esclave par nature », qu’on retrouve par exemple en 1825 chez le médecin Virey, et qui, à cette époque, sert à justifier la pratique de l’esclavage au nom d’une supposée infériorité « raciale » des Noirs. La question de l’esclavage appelle par conséquent une approche pluridisciplinaire, même si l’on souhaite, dans le cadre de ce colloque, mettre l’accent sur l’usage littéraire qui en est fait (introduction, représentation et prise de parole d’une figure nouvelle), sur un imaginaire de la soumission, du dialogue ou de la révolte, sur des peurs ou des désirs secrets d’hybridation, dans la période allant des Lumières au romantisme, – sachant que les répercussions de l’esclavage comme phénomène historique douloureux (mais longtemps refoulé), n’ont pas fini de se faire sentir dans la littérature contemporaine [11] .


Programme

Jeudi 18 juin

  • 9 h 30 : Ouverture du colloque : Nathalie Fournier, vice-présidente, chargée de la recherche, université Lyon 2.

Fictions et philosophie des Lumières. Préssident de séance : Jean Ehrard)

  • 10 h 00 : Carminella BIONDI (univ. de Bologne, Italie) : « D’Oroonoko d’Aphra Behn à Zoflora ou la bonne négresse de Picquenard : métamorphose de l’héroïne noire dans le roman français du XVIIIe siècle »
  • 10 h 40 : Rachel DANON (doctorante, univ. Grenoble 3) : « Les tensions de Ziméo de Saint-Lambert : apologie du droit de résistance ou d’un esclavage à visage humain »
11 h 20 : Pause
  • 11 h 40 : Sarga MOUSSA (CNRS, LIRE) : « Esclaves et esclavage dans les Lettres persanes »
  • 12 h 30 : Michael O’DEA (univ. Lyon 2, LIRE) : « Le mot esclave chez Rousseau, Diderot et Voltaire »
13 h 00 : Pause (Buffet)

L’esclavage entre en scène. Président de séance : Carminella Biondi)

  • 14 h 30 : Martial POIRSON (univ. Grenoble 3, LIRE) : « Paroles subalternes sur les planches : quand le théâtre se saisit des figures de l’esclavage »
  • 15 h 10 : Barbara T. COOPER (univ. de New Hampshire, Etats-Unis) : « La représentation du commerce triangulaire dans La Traite des Noirs, drame de 1835 »
  • 15 h 50 : Olivier BARA (univ. Lyon 2, LIRE) : « Figures d’esclaves à l’opéra : Aïda de Verdi et L’Africaine de Meyerbeer »
16 h 30 : Pause

Regards comparatistes. Président de séance : Sarga Moussa

  • 16 h 50 : Roger LITTLE (Trinity College, Dublin, Irlande) : « Une première personne si singulière qu’elle n’existe pas : hypothèses sur l’absence en français de récits autobiographiques de Noirs esclaves ou marrons »
  • 17 h 30 : Françoise SYLVOS (univ. de La Réunion) : « Esclaves antiques, esclaves modernes »
  • 20 h 00 : Repas dans le Vieux Lyon

Vendredi 19 juin

Perspectives coloniales et postcoloniales (prés. de séance : Roger Little)

  • 9 h 00 : Anne DROMART (univ. Lyon 3, LIRE) : « Impérialisme et individualisme : la question de l’esclavage chez Daniel Defoë »
  • 9 h 40 : François SPECQ (ENS-lsh, LIRE) : « "Who aint a slave ?" : Esclavage et rhétorique de l’émancipation dans la littérature de la "Renaissance américaine". »
  • 10 h 30 : Klaus BENESCH (univ. de Munich, Allemagne) : « Melville’s Black Atlantic : Slavery, Seafaring and The Modernity of Billy Bud »
11 h 10 : Pause
  • 11 h 30 : Doris KADISH (univ. Georgia, Athens, États-Unis) : « La construction du Père abolitionniste : Isaac Louverture et Germaine de Staël »
  • 12 h 10 : Frédéric REGARD (univ. Paris 4-Sorbonne, LIRE) : « Féminine et noire, la voix de la démocratie : l’autobiographie de Mary Prince (1831) »
12 h 50 : Pause (Buffet)

Le combat abolitionniste. Président de séance : Philippe Régnier)

  • 14 h 00 : Marie-Laure AURENCHE (univ. Lyon 2, LIRE) : « Le discours anti-esclavagiste de la Société de la morale chrétienne dans la première partie du XIXe siècle »
  • 14 h 40 : Frank ESTELMANN (univ. de Francfort-sur-le-Main, Allemagne) : « L’esclave-poète cubain Juan Francisco Manzano et son traducteur Victor Schoelcher »
  • 15 h 30 : Sarah AL-MATARY (ENS-lsh, LIRE) : « Images de l’anti-esclavagisme dans El Abolicionista de Madrid »
16 h 10 : Pause

Un nouveau héros romantique. Présidente de séance : Doris Kadish)

  • 16 h 30 : Gérard GENGEMBRE (Univ. de Caen) : « Bug-Jargal, roman noir »
  • 17 h 10 : Sarah MOMBERT (ENS-lsh, LIRE) : « Georges d’Alexandre Dumas. Esclavage et métissage romantiques »
  • 17 h 50 : Corinne SAMINADAYAR (Univ. de Montpellier) : « L’épouse et l’esclave : l’épisode de Zeynab dans le Voyage en Orient de Nerval »
  • 19 h 30 : Promenade guidée dans Lyon et repas libre

Samedi 20 juin

L’Amérique et l’Orient. Président de séance : Pierre Michel)

  • 9 h 00 : Marie-Claude SCHAPIRA (univ. Lyon 2, LIRE) : « Gustave de Beaumont, Marie ou l’esclavage aux États-Unis : la servitude en démocratie »
  • 9 h 40 : Michèle FONTANA (univ. Lyon 2, LIRE)  : L’esclavage dans Outre-Mer. Notes sur l’Amérique (1895) de Paul Bourget
10 h 30 : Pause
  • 10 h 50 : Daniel LANÇON (univ. de Grenoble 3) : « Paradoxes des discours occidentaux et orientaux sur l’esclavage en terre d’islam au XIXe siècle »
  • 11 h 30 : Stéphanie DORD-CROUSLÉ (CNRS, LIRE)  : Flaubert et l’esclavage

Après l’esclavage

  • 12 h 10 : Judith MISRAHI-BARAK (univ. de Montpellier)  : « Postérités anglophones et francophones des récits d’esclaves : regards vers le XXe et le XXIe siècles  »
  • 12 h 50 : Conclusions
13 h : Clôture du colloque et buffet

Sarga MOUSSA (CNRS, UMR LIRE)

Contact : @Moussa


Programme en PDF à télécharger


[1Pour se limiter au domaine francophone, on peut citer Yves Benot, Marcel Dorigny, Michèle Duchet et Erick Noël pour le XVIIIe siècle, et, dans une perspective plus large, Marie-Christine Rochmann, Nelly Schmidt et Olivier Pétré-Grenouilleau, ou encore, récemment, Frédéric Régent. Signalons également l’existence du Centre International de Recherches sur les Esclavages (GDRI du CNRS : http://www.esclavages.cnrs.fr/). Retour

[2On pense en particulier aux travaux de Gérard Gengembre (Histoires d’esclaves révoltés. Bug-Jargall / Tamango, Paris, Pocket, 2004), de Sylvie Chalaye (Du Noir au Nègre : l’image du Noir au théâtre. De Marguerite de Navarre à Jean Genet, Paris, L’Harmattan, 1998), de Roger Little, qui a réédité plusieurs textes liés à l’esclavage dans la collection « Autrement même » qu’il dirige à L’Harmattan, et, tout récemment, de Jean Ehrard (Lumières et esclavage, éd. André Versailles, 2008). Retour

[3Voir les ouvrages de Léon Fanoudh-Sieffert, Léon-François Hoffmann et de William Cohen. Retour

[4Voir par exemple Christopher Miller, The French Atlantic Triangle. Literature and Culture of the Slave Trade, Durham and London, Duke Univ. Press, 2008 ; James Basker, Amazing Grace. An Anthology of Poems about Slavery, 1660-1810, New Haven and London, Yale Univ. Press, 2002 ; Doris Kadish, Slavery in the Caribean Francophone World : Distant Voices, Forgotten Acts, and Forged Identities, Univ. of Georgia Press, 2000. Retour

[5Voir Carminella Biondi, Ces esclaves sont des hommes : lotta abolizionista e letteratura negrofilia nella Francia del Settecento, Pise, Liberia Goliardica, 1979. Retour

[6Adapté en français en 1745, Oroonoko est un roman publié par l’écrivaine anglaise Aphra Behn en 1688. Voir Carminella Biondi, « Le personnage noir dans la littérature française : essai de synthèse minimale d’une aventure humaine et littéraire », dans Mémoire spiritaine, n° 9, 1er semestre 1999, p. 89-101. Retour

[7On peut lire Adonis ou le bon nègre dans Fictions coloniales du XVIIIe siècle, textes présentés et annotés par Youmna Charara, Paris, L’Harmattan, 2005. Retour

[8Roger Little, « Les Noirs dans la fiction française, d’une abolition de l’esclavage à l’autre », dans Romantisme, n° 139, 1er trimestre 2008, ici p. 9. On signalera tout de même le cas du saint-simonien Ismaÿl Urbain, petit-fils d’esclave et auteur de poèmes mettant en scène de manière valorisante sa « négritude », ainsi que des auteurs plus connus comme Dumas père et Pouchkine, tous deux ayant des ascendances noires, et dont l’œuvre porte trace (respectivement Georges et Le Nègre de Pierre le Grand). Retour

[9Sur ce dernier point, voir Bernard Lewis, Race et esclavage au Proche-Orient, Paris, Gallimard, 1993. Retour

[10Voir De l’esclavage moderne (1839), de Lamennais, qui développe une comparaison entre le statut des ouvriers et celui des esclaves de l’antiquité, ces derniers étant considérés comme « privilégiés ». Occultant totalement la question des esclaves dans les colonies françaises, cet ouvrage est cependant révélateur : le discours sur l’esclavage fait retour, dans la métropole, sur la société française elle-même. Retour

[11Voir notamment, d’Edouard Glissant, le roman Le Quatrième siècle (1964, rééd. 1997), et, de Raphaël Confiant, le récit Nègre marron (2006). Retour