Partenaires

CNRS
Logo tutelle Logo tutelle
Logo tutelle Logo tutelle


Rechercher

Sur ce site

Sur le Web du CNRS


Accueil du site > Colloques, séminaires, journées d’études > Colloques > Archives des colloques du LIRE > Juliette Récamier dans les arts et la littérature. La fabrique des représentations

Colloque 2009

Juliette Récamier dans les arts et la littérature. La fabrique des représentations

Sous la direction de Sarga Moussa et Delphine Gleizes

Musée des Beaux-Arts de Lyon

15 et 16 mai 2009

Voir la vidéo réalisé par WebTV Université Lyon 2

Pour télécharger le programme, cliquez sur l’icone ci-dessous :

PDF - 248.4 ko

En partenariat avec le Musée des Beaux-Arts et en convergence avec l’exposition Juliette Récamier muse et mécène qu’il organise, ainsi que les activités autour de, du 27 mars au 29 juin 2009, l’UMR LIRE (Littérature, idéologies et représentations, XVIIIe-XIXe) propose un colloque consacré à

Juliette Récamier dans les arts et la littérature.

Outre les deux grandes biographies de Madame Récamier par Françoise Wagener (1986, rééd. 2000) et par Edouard Herriot (1928, rééd. 1934), qui accordent une large place au contexte historique et politique de la première moitié du XIXe siècle, il existe de nombreuses biographies de Madame Récamier, plus ou moins anecdotiques, en particulier dans la première moitié du XXe siècle, depuis celle de Joseph Turquan (1902, rééd. 1934) jusqu’à celle de Jules Bertrand (1947), en passant par celle d’Henri de Régnier (parue en 1936 dans une collection d’A. Michel intitulée « Les grandes pécheresses » !), ou encore celle, en anglais, de Henry Dwight Sedwick (1940). Ces biographies ont pour point commun de s’interroger avant tout sur la partie sentimentale de la vie de Mme Récamier, mais qui, par la force des choses, conserve une grande part d’ombre, dans la mesure où Mme Récamier demanda (et obtint) qu’on détruisît, après sa mort, une grande partie de ses papiers. Il reste pourtant quelques lettres d’elle et surtout adressées à elle, mais aussi des mémoires, des journaux, des « témoignages » divers d’écrivains qui la côtoyèrent (Ballanche, Chateaubriand, Constant, Desbordes-Valmore, Mme de Genlis, Quinet, Sainte-Beuve, Mme de Staël...), et à partir desquels il est possible de se faire une idée de celle qui tint salon pendant plusieurs décennies.

Mais on voudrait ici, plutôt que d’atteindre à une hypothétique « vérité » de Juliette Récamier, interroger les images qu’on a projetées sur elle – celles des écrivains déjà mentionnés, et dont certains ont rédigé des textes restés longtemps manuscrits, comme les Mémoires de Juliette de Constant ou la Vie de Mme Récamier de Ballanche –, mais aussi celles de contemporains moins connus (sa nièce et fille adoptive Amélie Lenormant, Mary Clarke, l’épouse de Jules Mohl...), ainsi que les portraits des peintres et des sculpteurs (David, Gérard, Chinard...), qui ont largement contribué à la naissance de ce qu’on appellerait aujourd’hui une icône, fixant (avec l’aide du « modèle » lui-même) pour les contemporains et pour la postérité, des attitudes, des poses, des coiffures, des parures dont certaines lancèrent des modes. S’il nous reste peu de textes de J. Récamier, les images qui la concernent abondent, avec les objets dont elle aimait s’entourer (tableaux, sopha, châle, harpe...). Ce sont ces images, ces objets qu’on voudrait « faire parler » en les replaçant dans le contexte historique qui les a produits.

Dans cette perspective, la multitude vertigineuse des témoignages et des représentations concernant Juliette Récamier est peut-être également le symptôme de la difficulté à saisir une personnalité qui, tout en étant surexposée, se dérobe éternellement derrière un nimbe de mystère savamment entretenu. Significatif à cet égard est le contraste entre les passions qu’elle déchaîna et l’apparente retenue avec laquelle elle y répondit, contraste dont on peut suivre les implications morales et esthétiques dans les portraits qu’elle inspira, de la pose néo-classique fixée par Canova au modèle staëlien auquel elle prêta ses traits dans le tableau de Gérard, empreint d’une frémissante exaltation.Tel apparaît l’éclatant paradoxe sous le signe duquel se trouvent placés les portraits littéraires et picturaux de l’époque, les uns soulignant la « transparence » de Juliette, en accord avec sa parure blanche et virginale, d’autres voulant y déceler un soupçon d’afféterie et de « duplicité » propre aux mondanités dont elle sut être, durant plusieurs décennies, la sublime animatrice. Celle qui fut au centre des regards et des conversations semble néanmoins occuper une position un tant soit peu marginale, sans doute constitutive du mystère qui l’accompagne et eu égard en particulier au rôle dévolu aux femmes à son époque : mère, elle ne le devint qu’au travers de sa fille adoptive et des entreprises de charité auxquelles elle prêta son concours ; épouse, elle le fut si peu ; amante, elle s’y refusa généralement selon toute apparence. C’est donc plus largement son rôle qu’il conviendrait d’interroger : non pas tant passif peut-être – encore que largement façonné par les traditionnelles fonctions de muse et de modèle, qu’activement transitif : encourageant les entreprises artistiques de ses admirateurs, laissant aux autres le soin de modeler son image pour la postérité, par l’écriture et par la peinture et retenant pour elle les arts de l’éphémère : la grâce dans l’art d’arranger un voile, l’enchantement d’une danse, l’interprétation musicale ou théâtrale dans l’atmosphère intime du salon.

Ces ambivalences se retrouvent sur un tout autre terrain lorsque, quoique volontairement en retrait par rapport au tumulte de l’Histoire, Juliette Récamier se révèle malgré tout incidemment marquée par elle : qu’il s’agisse de son engagement amical auprès de Madame de Staël ou de son salon, point de passage obligé, transcendant, autour des grâces de la conversation, les antagonismes politiques et les inimitiés mondaines, mais perçu également au fil du temps comme le lieu de survivance d’une sociabilité surannée, héritée du goût de l’Ancien Régime et que finiront par hanter, dans les années quarante, les silhouettes vieillies des Ballanche et des Chateaubriand. D’une révolution l’autre, Juliette Récamier serait-elle l’incarnation ambiguë d’une période de transition, tant dans ses implications esthétiques que dans ses conséquences morales et politiques ?

C’est, à l’évidence, dans une approche pluridisciplinaire qu’il faut tenter de redonner sens à cette multitude de représentations, contrastées parfois, mais souvent fortement codifiées selon des références iconographiques et des canevas littéraires, voire romanesques (comme celui de La Nouvelle Héloïse par exemple). Il faut dès lors se demander quel peut être le statut de ces modèles, tels qu’ils sont réemployés par des écrivains et des artistes de la première moitié du XIXe siècle : quels « discours » véhiculent-ils sur une société à la fois éclatée et désireuse de se rassembler, attirée comme un aimant par Juliette Récamier et par les personnalités qu’elle sut rassembler autour d’elle ? de quels débats esthétiques (le néo-classicisme et le romantisme), politiques (entre monarchistes et libéraux) ou éthiques (vertus et souffrances de l’exil) ces réunions furent-elles l’objet ? quelle place ce salon eut-il par rapport à d’autres salons, et plus largement à des formes de sociabilité collective sans lesquelles il n’est pas possible de penser l’histoire littéraire et artistique de cette époque ?


Programme

  • Vendredi 15 mai

10h30 : Ouverture par Sylvie Ramond, directrice du Musée des Beaux-Arts

Olivier Christin, Président de l’Université Lyon 2

10h45 : Introduction, par Delphine Gleizes (Univ. Lyon 2, LIRE)

I. La construction d’une image (prés. de séance : Jean-Claude Berchet, (Univ. Paris 3)

11h00 Vincent Laisney (Univ. Paris 10) : « L’ Abbaye-aux-Bois : salon mondain ou cénacle littéraire ? »

11h35 Agnès Verlet (Univ. de Provence) : « Chateaubriand et Juliette Récamier : la construction d’une fiction ? »

12h10 Delphine Gleizes (Univ. Lyon 2, LIRE) : « Juliette Récamier au filtre du roman : anecdotes biographiques et modèles fictionnels »

II. Une communauté d’élection (prés. de séance : Florence Lotterie, ENS-lsh)

14h15 Chantal Thomas (CNRS, LIRE) : « Madame Récamier, Madame de Staël : une amitié »

14h50 Kurt Kloocke (Univ. de Tübingen) : « Pierre-Simon Ballanche et Madame Récamier : ’Une célébrité d’un genre complètement nouveau’ »

15h25 François Rosset (Univ. de Lausanne) : « Benjamin Constant, les Mémoires de Juliette et le repoussoir autobiographique »

16h00 : Pause

III. Protection, filiation (prés. de séance : Guy Berger, président de la Société Chateaubriand)

16h20 Christine Planté (Univ Lyon 2, LIRE) : « J. Récamier et Marceline Desbordes-Valmore »

16h55 Sarga Moussa (CNRS, LIRE) : « Portrait de l’enchanteresse par sa fille adoptive »

  • Samedi 16 mai

IV. Juliette Récamier et les arts (séance sous la présidence de Stéphane Paccoud, Musée des Beaux-Arts)

10h00 Alban Ramaut (Univ. de Saint-Étienne, LIRE) : « Juliette Récamier et la musique : contribution à la reconstruction d’une image perdue »

10h35 Dominique Pety (Univ. de Chambéry) : « Madame Récamier et la décoration d’intérieur »

11h10 : Pause

11h30 Philippe Bordes (Univ. Lyon 2) : « Juliette Récamier et les codes du portrait autour de 1800 »

12h05 Élodie Saliceto (Univ. de Saint-Étienne, LIRE) : « Juliette ou la religion du Beau »

12h40 : Conclusion, par Sarga Moussa (CNRS, LIRE)


Contacts :

UMR 5611 – LIRE Littérature, Idéologies, Représentations, XVIIIe-XIXe siècles

(CNRS, Lyon 2, Grenoble 3, Saint-Étienne, ENS-lsh)

Institut des Sciences de l’Homme

14-16 av. Berthelot

69363 Lyon Cedex 07

Sarga Moussa : @Moussa

Delphine Gleizes : @Gleizes