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Archives des colloques LIRE

Voltaire homme de théâtre

Sous la responsabilité de Martial Poirson et Christophe Cave

publié le , mis à jour le

Appel à communications

Colloque international interdisciplinaire

Genève (Institut Musée Voltaire) – Ferney-Voltaire –
Grenoble (Université Stendhal Grenoble 3)

« Nous sortons de l’exécution du troisième acte joué aujourd’hui, il est minuit, nous allons souper… je suis rendue. C’est le diable, oui le diable, que la vie que nous menons ? Après souper, Madame du Châtelet chantera un opéra entier… On ne respire point ici. Nous jouons aujourd’hui L’Enfant Prodigue et une autre pièce, en trois actes, dont il faut faire les répétitions. Nous avons répété Zaïre jusqu’à trois heures du matin. Nous la jouons demain avec La Sérénade. Il faut friser, se changer, s’ajuster, entendre chanter un opéra. Oh ! la galère ». Tels sont les termes choisis par lesquels s’exprime dans sa Correspondance Madame de Graffigny, amie de Voltaire en visite à Cirey, enrôlée dans le théâtre de société de son hôte, pour qualifier la « théâtromanie », selon les termes de l’époque, ou si l’on veut, en termes modernes, le stakhanovisme de Voltaire en matière d’activité théâtrale : dramaturge prolixe (52 pièces auxquelles s’ajoutent 5 fragments), critique vigilant autant qu’érudit, comédien insatiable, formateur et directeur d’acteurs exigeant, voire tyrannique et metteur en scène sans concession, Voltaire a toutes les qualités requises pour être qualifié, contrairement à nombre d’auteurs dramatiques de son temps, d’homme de théâtre au sens plein du terme…

Et pourtant, que reste-t-il aujourd’hui de sa production comme de son activité dramatique ? Il semble qu’une bonne partie des spécialistes de Voltaire, en dehors du travail d’édition des Œuvres complètes à la Voltaire Foundation, se soient aujourd’hui résignés à prendre acte de l’éclipse dont ce théâtre fait l’objet, cependant que les historiens et spécialistes du théâtre rechignent le plus souvent à s’aventurer dans ce qu’ils considèrent comme la terra incognita des études voltairiennes. Il en résulte un large oubli de ce qui reste pourtant une des contributions majeures à la production comme à la vie théâtrale du XVIIIe siècle, que quelques metteurs en scène contemporains audacieux nous ont appris à ne pas considérer comme un théâtre-musée mais une œuvre d’une étonnante actualité . [1]

La désaffection du théâtre de Voltaire aujourd’hui, comparé au succès qu’il a pu connaître en son temps, aussi bien en France que sur l’ensemble des scènes européennes [2], ne peut donc laisser indifférent, concernant le premier des auteurs dramatiques du siècle du théâtre, et un des auteurs pourtant les plus emblématiques du XVIIIe siècle. En dépit de quelques travaux pionniers mais isolés contribuant utilement à relancer l’analyse d’un corpus longtemps déserté, il semble qu’il y ait quelque intérêt aujourd’hui à réunir des chercheurs français et étrangers, mais aussi des praticiens du théâtre aux compétences et aux approches très diverses, dans le but d’offrir pour la première fois une vision globale du rapport entre Voltaire et le théâtre, qui pourrait s’articuler autour de trois axes principaux, sans s’y limiter :

- Voltaire dans le théâtre de son temps : on envisagera l’œuvre comique, tragique et lyrique de l’auteur sous l’angle de sa dramaturgie, de ses sources et ressources, de ses influences, de sa structure formelle et poétique, afin de faire la part du classicisme tardif et de la modernité de cette écriture ; cependant que beaucoup reste à faire en ce qui concerne le dépouillement des manuscrits, et en particulier des manuscrits de souffleur. Mais Voltaire est également un praticien du théâtre accompli, concevant lui-même les plans architecturaux de ses théâtres, prenant notamment position dans la polémique sur la présence des spectateurs sur scène et la position du parterre, intervenant personnellement, même à distance, sur la scénographie, les effets ou, plus généralement, la mise en scène de ses pièces, dont il demande des comptes rendus circonstanciés à des spectateurs complices de confiance, les montant et les interprétant lui-même en société… Il est, enfin, un interlocuteur privilégié des grands artistes interprètes de son temps, de La Clairon, de Lekain, de Mlle Dumesnil ou encore, de Mlle Dangeville., comme pédagogue, directeur d’acteur ou pour le moins, partenaire dans la transformation du jeu dramatique, dont il suit avec passion l’évolution.

- Voltaire et le théâtre de son temps : Voltaire se présente aussi comme théoricien du théâtre, à l’occasion de ses propres pièces, ou de celles des autres dramaturges (Corneille, Crébillon). Critique dramatique infatigable, ses jugements passionnés en même temps qu’informés sur le théâtre contemporain comme sur l’héritage classique ou encore les influences étrangères (Shakespeare en particulier) sont écoutés et débattus. Lui qui a passé la plus grande partie de sa vie active loin de la capitale des arts, entretient pourtant avec son « petit comité » parisien, dirigé par d’Argental, une correspondance régulière qui lui rend compte de tous les frémissements du « tripot » parisien et des spectacles qui s’y donnent, permettant d’établir une série très complète de jugements esthétiques. Plus encore, ce comité parisien collabore activement à la co-écriture des pièces, et participe à leur mise en scène. Bien entendu, on ne saura négliger les enjeux philosophiques, polémiques, « médiatiques » parfois, de ces textes et de ces représentations en prise sur une vision du monde et sur les combats voltairiens, et en relation constante avec ce public qui est aussi une figure de l’opinion. On s’intéressera, de façon symétrique, à la façon dont le théâtre de Voltaire est reçu et perçu par ses contemporains, en prenant en considération aussi bien la critique dramatique que les parodies dont il fait l’objet.

- Voltaire face au théâtre de notre temps : un certain nombre d’expériences artistiques récentes tendant, qui à adapter les textes non dramatiques de l’auteur, qui a monter son théâtre, seront enfin l’occasion d’interroger le rapport de l’œuvre de Voltaire avec la mise en scène contemporaine, et d’en confronter un certain nombre de lectures actualisantes. Une attention toute particulière sera apportée à la mise en scène, par Hervé Loichemol, de Candide, à l’occasion du 250e anniversaire de l’œuvre.

Si l’œuvre dramatique de Voltaire est fréquemment convoquée pour étayer des interprétations globales, on sollicite encore aujourd’hui assez peu sa spécificité théâtrale. Les récents développements du spectacle vivant en France permettent cependant d’apporter objets, méthodes et approches nouvelles susceptibles de nourrir une réflexion sur Voltaire comme homme de théâtre, et non plus simplement comme écrivain de théâtre.

Comité scientifique :

  • Christian Biet (Université Paris X-Nanterre, Institut universitaire de France)
  • Christophe Cave (Université Stendhal-Grenoble 3 – UMR LIRE)
  • John Dunkley (University of Aberdeen)
  • Pierre Frantz (Université Paris IV- Sorbonne)
  • Russell Goulbourne (University of Leeds)
  • Joël Huthwohl (Comédie-Française)
  • François Jacob (Institut et Musée Voltaire de Genève)
  • Hervé Loichemol (metteur en scène)
  • Martial Poirson (Université Stendhal-Grenoble 3 – UMR LIRE)
  • acqueline Razgonnikoff (Comédie-Française).

Colloque organisé par Martial Poirson et Christophe Cave, avec le soutien de l’UMR LIRE (CNRS 5611) de l’Université Stendhal-Grenoble 3, de la Comédie-Française, de l’Institut et Musée Voltaire de Genève et de la Compagnie FOR d’Hervé Loichemol.

Prière d’envoyer vos propositions de communication, d’environ 750 mots, incluant vos coordonnées, votre appartenance institutionnelle, une adresse postale et une adresse électronique avant le 15 septembre 2008 à Martial Poirson et Christophe Cave

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[1Pensons tout particulièrement aux mises en scène d’Hervé Loichemol, pendant près de dix ans, et parfois avec le scandale que l’on sait, mais aussi de Didier Doumergue (Le Droit du seigneur, Metz, 2002), Martial Poirson (Le Droit du seigneur, Studio théâtre de la Comédie Française, 2004), et tout récemment, de Vincent Colin (L’Ecossaise, Théâtre du Lucernaire, 2007), sans parler du travail d’atelier de Christian Rist ou de Jean-Marie Villégier. Pierre Frantz dirige une enquête régulière menée sur ces initiatives dans un dossier débat des Cahiers Voltaire consacré à « Jouer Voltaire aujourd’hui ».

[2On peut en prendre la mesure à la lecture du numéro de la Revue Voltaire, n° 7, PUPS, 2007, consacré à cette question 
 : « Echos du théâtre voltairien ».