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Axe Thématique : Le texte de presse

Séminaire : Politiques du répertoire : archéologie du théâtre révolutionnaire

Responsable Martial Poirson

publié le , mis à jour le

Présentation

Voir la présentation du thème général


Informations pratiques

Horaire : Mercredi 18 h – 20 h (attention aux possibles modifications)

Salle : C 102.

Travail attendu des étudiants :

Lecture attentive et créative des textes avant la séance

Synthèse restitution de cours à chaque début de séance

Exposé oral (par groupe ou individuellement) + travail écrit (15 pages) 50 % de la note

Proposition de lecture-mise en espace ou spectacle : 50% de la note

Possibilité d’implication des étudiants dans l’organisation du colloque « Les Politiques du Répertoire » qui se tiendra fin janvier au Musée de la Révolution française de Vizille.

Contacts avec l’enseignant :

Permanence : Mercredi 13 h 30 – 14 h 30

Bureau : B 330 (ouvert tous les jours) ou B 326

Courrier électronique :
@Martial Poirson

Téléphone (en cas d’urgence uniquement) : 06 63 71 73 51.


Planning du séminaire

Année 2007-2008

Séance 1. Mercredi 26 septembre 2007 : Théâtralité et révolution

Textes à lire : lecture de textes (Chantal Thomas + Maurice Lever + Mona Ozouf).

Support de cours : projection de séquences de Marie-Antoinette de Sofia Coppola.

Après une rapide présentation des enjeux et perspectives, mais aussi de l’organisation matérielle du séminaire, on envisagera les conditions de production et de réception des textes de théâtre sous la Révolution française, afin de mettre en évidence la « théâtralité » de la période révolutionnaire et la mise en scène du fait révolutionnaire, révélatrice de la porosité scène-salle de ce qu’on peut qualifier de « première société du spectacle ». Une attention toute particulière sera accordée à la question du public (place et statut du spectateur), considéré sous l’angle non seulement de la mutation de l’édifice théâtral, des exigences nouvelles dues à l’essor des arts de la scène (décors, costumes, accessoires, « trucage »…) et des conditions de l’illusion scénique, mais encore de sa représentation sur scène, dans le cadre de la fiction.

Attribution des exposes en classe

Séance 2. Mercredi 17 octobre 2007 : Le théâtre pendant la Révolution, de quoi parle-t-on ?

Textes à lire : Chamfort, La Jeune Indienne (1764 ; repris sans interruption entre 1789 et 1799) ; Le Marchand de Smyrne (1770 ; repris sur la même période).

On cherchera dans un premier temps à écarter un certain nombre d’idées reçues concernant le théâtre sous la Révolution française, en procédant à un réexamen critique du répertoire de la période révolutionnaire. A partir de données quantitatives (statistiques et inventaires), on établira une typologie des œuvres dramatiques. On distinguera nettement les reprises du répertoire d’Ancien Régime (quels pièces, quels auteurs sont les plus fréquemment représentés), considérablement modifié (censure révolutionnaire, réécritures de dénouements, suppressions de personnages, modifications de répliques), et les créations de pièces nouvelles, en relation plus ou moins directe avec l’histoire en train de se faire, et en adéquation imparfaite avec l’idéologie et l’esthétique du temps...

Dans un second temps, on abordera plus précisément la question de la relecture, voire de la réécriture des œuvres d’Ancien Régime, à travers la figure emblématique de Chamfort, ardent partisan des idéaux révolutionnaires bien avant la Révolution et pourtant victime indirecte de la Révolution, cependant que son théâtre, écrit dans les années 1760, connait un vif succès sur les scènes en vogue.

Séances 3 et 4. Jeudi 18 octobre 2007, 16-21h) : Autour de Voltaire et la Révolution

Textes à lire : Voltaire, La Mort de César (versions de 1733 et de 1794).

Rendez-vous : Musée de la Révolution française (Vizille) 16 h – 21 h. Place du château, Vizille. Liaisons par car depuis la gare de Grenoble.

Intervenants : Alain Chevallier, directeur du Musée ; Hervé Loichemol, metteur en scène, assisté de ses comédiens.

Présentation, par Alain Chevallier, du fonds d’archives théâtrales du musée et de la collection permanente consacrée au théâtre (16h-18h). Suivi de la mise en espace de Voltaire, La Mort de César par Hervé Loichemol (19-21 h).

A partir d’une réflexion sur la mémoire du théâtre et sur la notion de répertoire, on s’interrogera sur la mémoire sélective de l’histoire politique, sociale et culturelle du théâtre, et on verra dans quelle mesure la mise en scène contemporaine des classiques constitue un processus de création continuée permettant de souligner les ambivalences des textes, sortis en apparence au moins de leur contexte historique. La Mort de César, de Voltaire, envisagée à travers ses deux dénouements, l’un pré-révolutionnaire, l’autre écrit sous la pression des événements, servira de cas d’école de ce type de processus d’actualisation des textes d’Ancien Régime.

Extrait du programme de la compagnie Hervé Loichemol :

« La leçon Shakespearienne fut un éblouissement pour Voltaire : il ne s’en remit jamais. Il revint de son exil anglais avec la conviction que le classicisme français était exténué et que, à défaut de pouvoir le révolutionner, il fallait essayer de le faire évoluer.

Dans ses bagages, il rapporta quantités de manuscrits, textes de souffleur, bout de traduction, réflexions, commentaires et adaptations. La mort de César faisait partie du lot, Brutus aussi, deux essais « pour sonder le goût du public ». En composant une tragédie en 3 actes au lieu des 5 prescrits et sans histoire d’amour, il expérimentait une voie nouvelle et prenait à contre-pied le système de production parisien. Il savait que sa pièce ne serait pas mise en scène de sitôt et s’en moquait parce que l’essentiel était ailleurs.

Il savait bien que l’histoire du théâtre se joue entre ses lignes, dans ses lignes, ses mots, ses audaces et ses peurs. Et peut-être sentait-il aussi qu’à travers ses tâtonnements, quoique de façon plus lointaine, l’avenir politique de la France tentait ici d’entrer en scène. De Shakespeare à Voltaire c’est en effet un questionnement sur la monarchie qui passe, une légitimation du régicide qui s’esquisse, une perspective républicaine qui s’ébauche.

Quand nous avons présenté La mort de César en juin 2002 au Châtelard, le public a découvert une pièce nerveuse, atypique, surprenante, plus proche de Brecht que de Racine, bref, une pièce moderne, peut-être la meilleure de Voltaire.

Le Musée de La Révolution Française de Vizille nous offre aujourd’hui l’occasion de reprendre ce travail, de l’approfondir et de le compléter de manière originale. Nous présenterons en effet les deux fins qui désormais font partie de l’histoire de cette pièce : celle de Voltaire, bien sûr, mais également celle qui la remplaça pendant la Révolution Française.

On se souvient en effet que La Mort de César fit partie de ces rares pièces dont les représentations furent imposées au « Théâtre de la République » par un décret de la Convention. Mais certaines répliques provoquant des protestations du public, le citoyen Gohier, dramaturge occasionnel et Ministre de la Justice sous la Terreur, ré-écrivit le dernier acte pour mettre Voltaire en conformité avec les exigences de la Révolution ».

Séance 5. Mercredi 24 octobre 2007 : Autour de Mercier

Textes à lire : Mercier, L’Indigent et L’Habitant de la Guadeloupe (versions de 1784 et de 1794).

On apportera dans cette séance de nouvelles pièces à conviction permettant de mesurer le travail d’assimilation du répertoire d’Ancien Régime et son adaptation aux idées politiques et esthétiques des temps nouveaux : l’œuvre de Mercier, père du drame, défenseur d’un théâtre historique à vocation pédagogique, préfigurateur de la Révolution tant au plan des idées que des formes, voit ainsi son théâtre remis au goût du jour. Si certaines pièces connaissent un grand succès, comme L’Indigent, véritable préfiguration des idéaux nouveaux, c’est parfois au prix d’une importante réécriture, comme pour L’Habitant de la Guadeloupe, dont il existe deux versions notablement différentes (1784, puis 1794). On suivra de près reprises et amendements (passages biffés, repentirs…) de la censure révolutionnaire comme des collectifs d’artistes soucieux de capter un public nouveau, afin de montrer que, sur le plan dramaturgique tout au moins, la Révolution française ne fait pas table rase de son héritage dramaturgique, et qu’elle fait même preuve d’un art consommé dans l’accommodation des restes.

Séance 6. Mercredi 14 novembre 2007, 16-18h : Autour d’Olympe de Gouges

Textes à lire : Olympe de Gouges, L’Esclavage des Nègres ou L’Heureux naufrage (trois de 1788, 1789 et 1792) + Déclaration universelle des droits de la femme.

Première pièce de théâtre à dénoncer frontalement le système d’exploitation coloniale, L’Esclavage des Nègres d’Olympe de Gouges, autre figure forte et néanmoins sacrifiée de la Révolution, auteure de la Déclaration universelle des droits de la femme, est également le premier drame à mettre sur scène des esclaves noirs comme personnages à part entière. Ecrite, en grande partie, dès les années 1780, cette fiction anti-coloniale n’est finalement représentée à la Comédie-Française qu’en 1789, à la faveur des circonstances nouvelles, entraînant une réaction immédiate et durable de la censure (on dénombre aujourd’hui trois versions de la pièce). L’analyse de ces versions (1788, 1789, 1792) permet de mesurer, sur un sujet aussi sensible que problématique, l’évolution de la pensée politique au cours des premières années de la Révolution et d’évaluer les frontières parfois ténues entre le dicible et l’indicible de ce théâtre sous haute tension politique.

Séance 7. Mercredi 21 novembre 2007 : Autour du projet Paméla
Textes à lire : Nicolas François de Neufchâteau, Paméla ou La Vertu récompensée (version de 1793 comportant les interventions de la censure révolutionnaire sur le manuscrit de souffleur) + Discours de François de Neufchâteau sur la fonction pédagogique du théâtre.

Cette séance se déroulera en deux temps, l’un consacré à l’analyse de l’œuvre de François de Neufchâteau, l’autre au projet de spectacle d’Hervé Loichemol, metteur en scène associé au séminaire, en résidence artistique à l’université fin janvier. L’analyse croisée des discours programmatiques portant sur la fonction révolutionnaire du théâtre, sur sa vocation à servir d’« école du peuple » ou encore, de modèle de vertus civiques, et de la pièce censée les mettre en œuvre permettra de s’interroger sur les contradictions idéologiques et les tensions esthétiques du théâtre révolutionnaire. L’histoire de la représentation et de la réception de la pièce est en outre instructive : écrite en 1788, et jugée trop audacieuse pour l’Ancien Régime, elle est finalement représentée au Théâtre de la Nation en 1793, et dénoncée comme « anti-révolutionnaire » , « anti-patriotique » et « réactionnaire », en vertu de ses modèles anglais (le roman à succès de Samuel Richardson) et italien (la pièce éponyme de Goldoni), entraînant la seule et unique fermeture de la Comédie-Française sur quatre siècles. Pourtant François de Neufchâteau, après un détour par la prison (tout comme les comédiens, un temps condamnés à mort), jouera un rôle politique de tout premier plan dans l’administration révolutionnaire, sous le Directoire, et jusque sous l’Empire. Il sera également l’artisan de la réouverture de la Comédie-Française, et de la fusion des deux anciennes troupes du Théâtre de la Nation et du Théâtre de la République. C’est donc une occasion rare de mettre en lumière les conflits d’interprétation et les enjeux politiques et sociaux de ce corpus révolutionnaire, mais aussi le poids nouveau du public dans le jugement esthétique et surtout, dans l’attribution du sens, historiquement daté, des pièces.

Séances 8 et 9. Mercredi 05 décembre 2007 15h30-19h30 : Textes et spectacles sous la Révolution française
Textes à lire : Dossier d’extraits de textes révolutionnaires (Cahier de textes II)
Document d’accompagnement : Enregistrement audio de lecture de textes et musiques révolutionnaires ; catalogue de l’exposition de Vizille de Juin 2007.
Rendez-vous : Amphi 6.
Invitée : Jacqueline Razgonnikoff, historienne du théâtre, Comédie-Française.

La demi-journée, essentiellement centrée sur le cas de la Comédie-Française, considérée comme emblématique d’enjeux plus larges, se déroulera en deux volets, le premier consacré à la révolution des arts de la scène à la fin du XVIIIe siècle ; le second à celle de l’écriture dramatique et du répertoire révolutionnaire.

Dès sa fondation en 1680, la Comédie-Française jouit du monopole de la création dramatique. Ce privilège implique donc que, à quelques exceptions près – la Foire et les Italiens, qu’il ne s’agit pas de négliger - , la création littéraire dramatique coïncide avec l’histoire de la troupe. De là découle l’importance de la constitution de son répertoire, qu’il s’agit pour elle non seulement d’entretenir, mais aussi et surtout d’enrichir. Partant du riche patrimoine accumulé par les troupes fondatrices (Molière, Racine, Corneille), les Comédiens Français ont le devoir de ne pas démériter des prestigieux prédécesseurs, et ce ne sera pas sans difficultés. Comment les pièces sont-elles choisies, quels sont les obstacles à la représentation (comité de lecture, censure, circonstances politiques ou simplement composition de la troupe...), voilà quelles sont quelques-unes des questions qui se posent en général. Le XVIIIe siècle est également dominé par l’hégémonie de Voltaire dans le répertoire tragique et par l’introduction de nouveaux genres (la comédie larmoyante, le drame bourgeois...), sans parler des pièces à divertissements qui continuent à servir à la Comédie-Française d’antidote à la concurrence de la Foire et des Italiens. Le théâtre sert de porte-parole aux philosophes et à leurs adversaires, avant de devenir tribune politique à l’époque de la Révolution.

Le Siècle des Lumières, siècle de théâtromanie, est aussi celui de la réflexion sur les formes d’art. Le théâtre n’en est pas exclu. Dès lors, les conditions de représentation vont évoluer en fonction de la parution d’ouvrages théoriques sur le jeu de l’acteur, et sur ce qui va devenir la mise en scène. La théorie ne va pas seule, et l’on assiste à une formidable évolution matérielle de ce que l’on pourrait appeler la « scénographie » : les spectateurs sont chassés de la scène, le décor s’inspire des créateurs italiens, la boîte à illusion remplace le palais à volonté, la perspective entre dans le jeu des acteurs et les lumières progressent. Un acteur de génie comme Lekain prépare la voie à la mise en scène moderne, tandis que des auteurs comme Diderot et Beaumarchais poussent les comédiens vers de nouvelles exigences qui vont se répercuter sur le décor, le costume, le jeu des acteurs...

Le lieu théâtral fait aussi l’objet des préoccupations des architectes des Lumières. De la théorie à la pratique il y a parfois très loin, mais la forme des salles, les changements apportés à l’installation du parterre, conditionnent aussi la manière dont le public va se comporter. Le public évolue, il intervient différemment selon les époques, il entre pour beaucoup dans la manière dont les pièces sont reçues. Il ne faut pas négliger les querelles littéraires ou politiques, ni les rivalités personnelles qui nourrissent la cabale. La Révolution va faire du parterre un véritable interlocuteur, avec lequel les Comédiens (et les auteurs) vont entamer un dialogue essentiel, permettant à toutes les composantes de l’art dramatique de passer à l’étape suivante, qui annonce le XIXe siècle.

La Comédie-Française a la chance de posséder, pratiquement sans solution de continuité, de très riches archives qui vont de Molière... à demain. C’est grâce à cette richesse et à la diversité des domaines concernés qu’il est encore possible aujourd’hui d’imaginer et même de reconstituer les conditions de représentation et les contingences matérielles du fonctionnement de cette lourde institution artistique. Du texte au moindre croquis de costume ou de décor, des registres de dépenses et de recettes aux plus petits des mémoires de fournisseurs, des notes et correspondances des comédiens et des auteurs aux règlements et autres ukases des autorités, la plongée dans cette masse de documents est toujours riche d’enseignements.

Remise des devoirs ecrits de recherche

Séance 10. Mercredi 12 décembre 2007 : Le théâtre de la Révolution française, un point de départ pour l’Europe

La séance se déroulera en deux temps. Dans un premier temps, terminerons notre investigation dans les répertoires pré-révolutionnaire et révolutionnaire. Dans un second temps, nous aurons le plaisir d’entendre Dorota Jarzabek, abordant la question de la « La comedie non-divine » de Zygmunt Krasinski, aristocrate et « poète-prophète » romantique polonais, qui à l’âge de 23 ans a présenté au public une vision théâtrale de la révolution dans la société polonaise.

C’est une pièce unique grâce à sa force poétique et les images de l’apocalypse sociale et de la guerre spirituelle qui se déroulent entre milieux sociales polonais différents. Ce texte inaugure une tradition d’œuvres polonaises explorant la question révolutionnaire (sociale, politique, mentale…). Ce sera le moyen d’envisager les effets induits du corpus révolutionnaire sur les scènes d’Europe, où la Révolution culturelle, sinon politique, est en marche.

Séance 11. Mercredi 23 janvier 2008 : Synthèse des acquis

On dressera le bilan du parcours des œuvres accompli pendant le semestre, et on proposera un certain nombre d’éléments de synthèse destinés à établir une typologie des formes esthético-idéologiques du théâtre révolutionnaire, envisagé au double plan des reprises et des créations. On distinguera notamment un théâtre de propagande active (qu’il idéalise le fait révolutionnaire ou stigmatise les réfractaires de tous genres, chouans, nobles, émigrés, hommes d’Eglise…) et un théâtre qui préfère se situer, délibérément, en marge des événements, soit qu’il propose une certaine vision de la révolution, par d’autres moyens (utopies, uchronies…), soit qu’il cherche à franchement s’en démarquer (féeries, vaudevilles, bluettes de toutes sortes…)… On préparera également le colloque de Vizille qui nous occupera la semaine suivante pendant deux jours pleins au Musée de la Révolution française.

Stage pratique avec Hervé Loichemol : du 21 au 31 janvier

Spectacle le mardi 29 à l’Amphidix, le mercredi 30 à Vizille,
puis tournée en Rhône-Alpes, en Suisse et à Montpellier.

Séances 12 et 13. Mercredi 30 et jeudi 31 janvier, journée continue : Colloque « Les politiques du répertoire »

Rendez-vous : Musée de la Révolution française de Vizille

Confer programme dans document joint (diffusé en novembre).

Suivi de la lecture-mise en espace de Neufchâteau, Paméla (Musée de la Révolution française, Vizille)

Séances 14 et 15. Mercredi 02 avril 2008. Mettre en scène les textes révolutionnaires aujourd’hui : Sade, notre contemporain

Rendez-vous : MC 2, atelier autour de Sade (14 h - 18 h) ; conférence avant spectacle (18 h 30 - 20 h) ; représentation de Sade, La Philosophie dans le boudoir ; table ronde après spectacle (22h30-23h30).

Textes à lire : Sade, La Philosophie dans le boudoir (version originale et adaptation pour la scène de Christine Letailleur).

Document d’accompagnement : Vidéo de Roland Topor, Marquis + projection de Peter Weiss, Marat/Sade + Iconographie du spectacle de Christine Letailleur.
Intervenants : Romain Jobez, universitaire, Christine Letailleur, comédienne et metteuse en scène, et sa troupe.

La séance se déroulera en trois temps. Un premier workshop sera animé par Romain Jobez et Martial Poirson autour des films de Peter Weiss et de Roland Topor. Suivra dans un second temps une conférence avant spectacle (Martial Poirson) permettant de dégager les grands enjeux de la mise en scène d’un texte révolutionnaire non dramatique, de son actualisation, et partant, de son rapport avec la portée subversive initiale. Dans un troisième temps, les étudiants participerons à une table ronde après spectacle animée par Martial Poirson et Romain Jobez, en en présence de Christine Letailleur et des comédiens de la troupe. La soirée se terminera par un dîner de fin de séminaire qui permettra de faire le bilan sur le travail accompli.

Évenements en association avec le seminaire

  • Stage pratique avec Hervé Loichemol (du 21 au 31 janvier)
  • Lectures de Voltaire, Jules César (18 Octobre 2007) ; François de Neufchâteau, Paméla (29 et 30 Janvier 2008)
  • Spectacles : Sade, La Philosophie dans le boudoir (mercredi 2 avril, MC2)
  • Colloque « Les Politiques du répertoire » (30-31 janvier, Vizille).
  • Exposition de livres de théâtre appartenant aux fonds du Musée de la Révolution française de Vizille et de la Bibliothèque-Musée de la Comédie-Française
  • Exposition sur Raynal et les Indes Musée de la Révolution française de Vizille, en collaboration avec la BNF.

Descriptif sommaire du projet

La comédie de Nicolas François de Neufchâteau (1750-1828) Paméla ou La Vertu récompensée est représentée pour la première fois au Théâtre de la Nation (second Théâtre-Français après la sécession du Théâtre de la République) le 1er Août 1793, en pleine Terreur. Conçu par un ardant partisan des idéaux révolutionnaires, notamment d’une réforme du théâtre, considéré comme un vecteur de l’instruction publique et une école du peuple, le spectacle est pourtant taxé par la Comité de Salut Public de ‘ contre-révolutionnaire ’, ‘ anglomane ’ et ‘ réactionnaire ’... Dès la huitième représentation, en dépit d’un grand succès auprès d’un public mélangé, l’auteur est mis en prison, ainsi que la plupart des Comédiens-Français participant au projet, et le théâtre fermé. Mais la pièce est ensuite remise à l’affiche du Théâtre de la rue Feydeau et y jouit d’un grand succès pendant une dizaine d’années. L’auteur, sorte de caméléon politique polygraphe, est dans le même temps promu à de hautes fonctions politiques et s’y maintient à travers la succession des régimes jusqu’à l’Empire.

Cette comédie est une œuvre polysémique et même polyphonique. Fidèle non seulement à une partie de l’intrigue romanesque de Richardson et à la structure dramatique de Goldoni, auquel elle rend hommage, mais encore à toute la tradition française du véritable mythe littéraire européen des Paméla (Boissy et Voltaire, à deux reprises, La Chaussée, Madame Denis, Baculard d’Arnaud, Mauvillon, Villaret, Madame de Genlis…), cette œuvre hybride à la filiation composite n’est pas dépourvue de contradictions, surtout pour une lecture critique moderne de ses structures dramaturgico-idéologiques.

En effet, la pièce met en scène, à travers le mythe littéraire de la servante suppliciée amoureuse de son seigneur libertin, qui cherche à abuser d’elle avant de se résoudre à l’épouser, deux types au moins d’ambiguïtés : ambiguïté du plaisir trouble associé par la symbolique de l’écriture aux violences sexuelles et sociales (fantasmatique du corps abusé, du rapt, du viol supposé et/ou projeté, de l’arbitraire de la puissance masculine, de la soumission absolue de la femme réduite en obscur objet souffrant du désir…) ; mais aussi, ambiguïté de la résistible ascension d’une femme sans condition, à travers le thème obsessif au XVIIIe siècle de la mésalliance et de a mobilité sociale. Les personnages se démènent et mettent en débat la question de l’hétérogamie, préjugé bien loin d’être ‘ vaincu ’ à l’époque, qui fait l’objet de jugements polémiques et apparaît tour à tour, dans cette pièce engagée et politique, comme un mythe projectif (il suffit que l’opinion publique y croit, quel que soit sa validité réelle, pour qu’il exerce une fonction régulatrice) et comme un ‘ bouc émissaire ’ (sorte de dérivatif idéologique tenu pour responsable des désordres tant moraux que sociaux permettant de masquer les véritables enjeux de pouvoir).

La portée morale, politique et sociale de cette pièce consacrée à la vertu roturière souffrante est pour le moins incertaine et oscille entre positions incompatibles. C’est ce qui fait de cette pièce ‘ anachronique ’ (décalée par rapport à l’idéologie du temps) et ‘ atypique ’ (en rupture partielle avec la tradition) une œuvre essentielle à la connaissance, non seulement de la réception des littératures anglaise et italienne en France, mais encore du répertoire du théâtre français de la période révolutionnaire, encore peu étudié ‘ à la lettre ’ (à la fois dans ses aspects pratiques et littéraires), et à la compréhension de la mutation du genre comique, entre subversion et conformisme, entre corrosion et érosion du rire. L’existence, dans les fonds d’archives de la Comédie-Française, d’un manuscrit de souffleur et de versions censurées de la pièce en font en outre un précieux document pour une critique génétique d’un nouveau genre. De nombreux témoignages de contemporains, des documents administratifs, journalistiques et artistiques permettent en outre de reconstituer les conditions de production et de réception de ce qui fut un des grands succès de scandale d’un siècle de théâtre.

Bibliographie selective

Corpus d’etude

Groupement de textes révolutionnaires (confer cahier de textes accompagnant le cours I)

Textes du répertoire prérévolutionnaires mis en scène pendant la Révolution française :

Chamfort, La Jeune Indienne, Paris, Cailleau, 1764 et Le Marchand de Smyrne, Paris, Nicolas-Augustin Delalain, dit l’aîné, 1770.

Mercier, L’Indigent, Paris, Le Jay, 1772 ; L’Habitant de la Guadeloupe, Neufchâtel, Imprimerie de la Société Typographique, 1782.

Voltaire, La Mort de César, écrite en 1731, publiée en 1736, modifiée en 1793.

Textes du répertoire révolutionnaire :

Olympe de Gouges, L’Esclavage des nègres (1789-91), édition de Jacqueline Ragonnikoff et Sylvie Chalaye, Paris, L’Harmattan, 2006.

François de Neufchâteau, Paméla ou La Vertu récompensée (1788-1793), d’après le manuscrit de souffleur, édition de Martial Poirson, Oxford, Voltaire Foundation, SVEC, 2006 :4.

Sade, La Philosophie dans le boudoir, édition Jean-Christophe Abramovici, Paris, GF-Flammarion, 2007 + adaptation pour la scène par Christine Letailleur, Besançon, Les Solitaires Intempestifs, 2007.

Supports vidéo :

Topor, Marquis.

Peter Weiss, Marat-Sade.

Sofia Coppola, Marie-Antoinette.

Brabant, Les Nuits révolutionnaires.

Corpus de travail

Albert Maurice, Les Théâtres de boulevard, 1789-1848, Paris, 1902.

Biet Christian et Triau Christophe, Qu’est-ce que le théâtre ? Paris, Gallimard, 2006.

Boës Anne, La Lanterne magique de l’histoire : essai sur le théâtre historique en France de 1750 jusqu’à la Révolution, Oxford, SVEC n° 213, 1982.

Bourdin, Philippe et Loubinoux, Gérard (dir.), Les Arts de la scène et la Révolution française, actes du colloque de Vizille, « Révolution Française et arts de la scène », 13-15 Juin 2002, Clermont-Ferrand, Presses Universitaires Blaise Pascal, 2004.

Bourdin, Philippe et Loubinoux, Gérard (dir.), La Scène bâtarde, entre Lumières et Romantisme, Clermont-Ferrand, Presses Universitaires Blaise Pascal, « Parcours pluriels », 2005.

Brown Gregory S., A Field of Honor. Writers, Court Culture and Public Theater in French Literary Life from Racine to the Revolution, New York, Columbia University Press, 2002.

Buckley Matthew, Tragedy Walks the Street. The French Revolution in the Making of Modern Drama, Baltimore, Te Johns Hopkins University press, 2006.

Carlson, Marvin, Le Théâtre de la Révolution française, Paris, Gallimard, 1970.

Corvin, Michel et J. Boncompain, Jacques (1998), ‘ Censure au théâtre ’, dans Corvin, Michel (dir.), Dictionnaire encyclopédique du théâtre, Paris, Larousse-Bordas, p. 299-301.

Dangeville Sylvie, Comment en finir avec la Révolution, Saint-Etienne, 1998.

Daniels Barry et Razgonnikoff Jacqueline, Patriotes en scène. Le Théâtre de la République (1780-1799), Versailles-Vizille, Artlys-Musée de la Révolution française, 2007.

Estrée Paul d’, Le Théâtre sous la Terreur (Théâtre de la Peur), 1793-1794, d’après les documents révolutionnaires du temps, imprimés et inédits, Paris, Emile-Paul Frères, 1913.

Frantz Pierre, L’esthétique du tableau dans le théâtre du XVIIIe siècle, Paris, PUF, 1998.

Frantz Pierre (1988), « Pas d’entracte pour la Révolution », dans Bonnet, Jean-Claude (dir.), La Carmagnole des Muses. L’homme de lettres et l’artiste dans la Révolution, Paris,Armand Colin, 1988, p. 381-399.

Frantz Pierre (1992), « Les tréteaux de la Révolution », dans Jacqueline de Jomaron (dir.), Le théâtre en France du Moyen-Age à nos jours, Paris : Armand Colin, « Encyclopédies d’aujourd’hui », 1992, p. 505-533.

Guibert Noëlle et Razgonnikoff Jacqueline, Le Roman vrai du Répertoire, publié en feuilletons dans la Revue de la Comédie-Française, n° 131 à 142, 1984-1985.

Guibert, Noëlle et Razgonnikoff, Jacqueline, Le journal de la Comédie-Française (1787-1799). La comédie aux trois couleurs, Paris, Sides, « Empreintes », 1989.

Hallays-Dabot, V., Histoire de la censure en France, Paris, E. Dentu, 1862.

Hérissay, J., Le monde des théâtres pendant la Révolution française, Paris, Perrin, 1922.
Herrmann-Mascard, Nicole, La Censure des livres à Paris à la fin de l’Ancien Régime (1750-1789), Paris, PUF, 1968.

Lever Maurice, Théâtre et Lumières. Les spectacles à Paris au XVIIIe siècle, Paris, Fayard, 2001.

Loty Laurent et Brouard-Arends Isabelle (dir.), Littérature et engagement pendant la Révolution française, Rennes, PUR, « Interférences », 2007.

Martin Jean-Clément (dir.), La Révolution à l’œuvre. Perspectives actuelles dans l’histoire de la Révolution française, Presses universitaires de Rennes, 2005.

Mironneau Paul et Lahouati Gérard (dir.), Figures de l’histoire de France dans le théâtre au tournant des Lumières (1760-1830), Oxford, Voltaire Foundation, 2007 :07.

Ozouf, Mona, La Fête révolutionnaire, 1789-1799, Paris, Gallimard, 1976.

Peyronnet Pierre, La mise en scène au XVIIIe siècle, Paris, Nizet, 1974.

Pongin, A., La Comédie-Française et la Révolution, Paris, 1902.

Poirson Martial, Introduction à François de Neufchâteau, Paméla ou la vertu récompensée, Oxford, Voltaire Foundation, SVEC, 2007 :4.

Radicchio Giuseppe et Sajous d’Oria Michèle, Les Théâtres de Paris pendant la Révolution, Paris, BHVP, 1990.

Ravel Jeffrey, The Contested Parterre. Public Theater and Political Culture, 1680-1791, Cornell University Press, 1999.

Razgonnikoff, Jacqueline et Daniels, Barry, Patriotes en scène. Le Théâtre de la République (1790-1799), Vizille-Versailles, Artlys, 2007.

Revue d’Histoire du Théâtre : « Théâtre et Révolution », 1989, 1 et 2.
Rougemont Martine de, « Révolution française », publié dans Michel Corvin (dir.), Dictionnaire encyclopédique du théâtre, Paris, Larousse, « In extenso », 1998.

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Nombreux articles dans les Annales historiques de la Révolution française de la Société d’études Robespierriste et dans la revue Dix-huitième siècle