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Le XIXe siècle et ses langues.

Responsables Sarga Moussa (LIRE) et Éric Bordas (IHPC-UMR 5037, ENS de Lyon)

publié le , mis à jour le

Le XIX<sup>e</sup> siècle et ses langues.

Présentation

Il faut sans doute partir de l’idée que le XIXe siècle (re)découvre la diversité des langues et des cultures : les langues vivantes, bien sûr, comme l’allemand (Mme de Staël), mais aussi, plus largement, des langues européennes moins connues (par exemple scandinaves, à travers des « comparatistes » comme Xavier Marmier et Jean-Jacques Ampère), ou extra-européennes (chinois, persan…), dont les littératures font l’objet de
traductions de plus en plus nombreuses ; il y a aussi les langues anciennes (le sanscrit, les hiéroglyphes…), qui permettent de rêver à d’autres langues-« mères » que le grec et le latin, donc à repenser les filiations culturelles. L’étude des langues orientales donne lieu à la création de chaires d’enseignement, qui ne sont pas sans répercussion sur la production
littéraire (voir les traductions de poésie arabe préislamique que Hugo insère en notes dans ses Orientales). Une géographie et une histoire tout à la fois renouvelées, étendues et reconfigurées, apparaissent, bousculant du même coup frontières du savoir et paradigmes explicatifs. Des « valeurs » sont associées à ces langues, qui servent parfois à légitimer des
discours raciologiques (Gobineau, Renan).

Cette diversité se révèle aussi, littérairement, dans la manière dont certains auteurs ponctuent leurs textes de mots étrangers (tels Gautier et Nerval dans leurs récits de voyage), mais aussi dans la conscience d’une diversité linguistique intérieure, que la Révolution française avait voulu gommer, et qui fait retour, notamment dans l’emploi des régionalismes (voir les romans de G. Sand). Les progrès de la science contribuent aussi à la diversification
des « langues », ou plutôt des lexiques : introduction, chez Balzac, de termes techniques modernes (vocabulaire de la sociologie, en particulier), qu’un romancier comme Jules Verne développe à plaisir, mais aussi, dès le début du XIXe siècle (Mercier), de néologismes, ou encore, dans la seconde moitié du siècle, de traités et de dictionnaires d’argot (Delvau, Larcher…). On devra aussi s’interroger sur les différentes langues éventuellement employées par un même écrivain et sur le rapport qu’il entretient avec elles : les langues anciennes, mais aussi des langues moderne, avec la question des traductions, qui contribuent parfois à donner
un nouveau statut à tel ou tel auteur (pensons à Poe traduit par Baudelaire).

Le XIXe siècle a sollicité toute l’étendue de l’imaginaire linguistique. La tradition rousseauiste conduit à valoriser l’idée d’une langue commune à l’ensemble de l’humanité – celle de l’origine de l’humanité, ou celle de Dieu, dont Lamartine croit déchiffrer les signes dans l’espace, en Orient comme en Occident. L’idée d’une langue universelle connaît des avatars dans un registre laïc et humaniste, par exemple à travers les projets de langue universelle (l’espéranto, le volapuk) qui naissent en marge des Expositions universelles. Il faut donc aussi prendre en compte, pour l’ensemble du siècle, les rêveries sur La Langue, qui permettrait aux différents groupes de s’entendre. On revient ainsi aux bases mêmes de l’imaginaire de Babel : qu’est-ce qu’une langue ? quelles en sont les composantes ? quelle part l’oralité joue-t-elle, avant toute transcription écrite, dans la transmission du savoir (la voix maternelle, l’oreille…) ?

Mais le XIXe siècle est aussi celui de la diffusion des connaissances sur les langues, que ce soit à travers les manuels de grammaire, les dictionnaires, les programmes scolaires, les politiques d’enseignement, les librairies spécialisées, en France ou à l’étranger, sans parler du développement de la linguistique (pensons au Mémoire du tout jeune F. de Saussure). Ce siècle est aussi celui des francophonies émergentes. De forts enjeux épistémologiques sont liés à ces questions : comment les langues sont-elles représentées, classées, hiérarchisées ? comment jouent-elles dans la construction des identités nationales ? en quoi peuvent-elles être instrumentalisées comme un instrument de pouvoir, que ce soit face aux patois ou dans un contexte de rivalité coloniale ? Mais on pourra aussi réfléchir sur le fait que, pour certains écrivains libanais et égyptiens du tournant du siècle, le choix du français comme langue d’écriture fut revendiqué comme un espace de liberté.

Voilà quelques pistes de recherche qu’il s’agirait de préciser et d’historiciser, à
l’intérieur même du XIXe siècle, et dont on suggère qu’il faudrait d’emblée les examiner de manière véritablement interdisciplinaire, en confrontant les apports des littéraires et des spécialistes de langues étrangères, mais aussi des comparatistes, des linguistes et des historiens.

Voir le programme du colloque sur le site de la Fondation Singer-Polignac

Comité scientifique :

  • Éric Bordas (ENS de Lyon)
  • Jocelyne Dakhlia (EHESS)
  • José-Luis Diaz (univ. Paris 7)
  • Philippe Hamon (univ. Paris 3)
  • Jean-Noël Luc (univ. Paris 4),
  • Françoise Mélonio (univ. Paris 4)
  • Sarga Moussa (CNRS)
  • Jacques-Philippe Saint-Gérand (univ. de Limoges)