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Séminaire LIRE

Journée des doctorants : 29 mai 2008

Organisation : Équipe 19e Lyon

publié le , mis à jour le

29 mai 2008 : Journée des doctorants du LIRE

Programme

14h00 Pierre CRÉTOIS : « Le bien commun chez Rousseau »

On peut opposer deux conceptions de la vie publique : (a) l’une fondée sur l’union et donc sur l’accord de tous, (b) l’autre fondée sur le consensus et donc sur la gestion du désaccord entre les individus. La philosophie politique contemporaine tend à privilégier la seconde hypothèse, Rousseau préfère manifestement la première : la loi n’est pas un moyen de maintenir la paix sociale malgré la divergence des intérêts particuliers, elle n’est donc pas un consensus, mais la loi est l’expression unifiée de l’intérêt général à laquelle doivent être soumis les intérêts particuliers.
Ceci entraîne deux conséquences importantes : (a) on ne calcule pas le bien commun en faisant la somme des intérêts et droits individuels, mais au contraire, les intérêts et les droits individuels doivent être distribués à partir d’une réflexion première sur l’intérêt général ; (b) l’expression du bien commun n’est pas le résultat d’un dialogue entre intérêts divergents cherchant un point d’équilibre entre eux, mais il est le résultat d’un monologue par lequel un « moi commun » (Contrat Social I,5) délibère sur les conditions du bien-être général.
14h25 : discussion

14h45 Elodie SALICETO : « Rome, Pauline, les Mémoires : Chateaubriand et la Muse néoclassique »

Nous développerons une réflexion qui pourra constituer l’épilogue d’un travail de doctorat consacré à la définition d’un néoclassicisme littéraire à travers les enjeux esthétiques de la représentation de l’Italie en France (1790-1820).

À partir des livres consacrés à Pauline de Beaumont, une mise en scène savamment orchestrée des Mémoires d’outre-tombe, nous tâcherons de montrer comment cette figure semble a posteriori synthétiser la démarche néoclassique de Chateaubriand, en particulier dans la tension entre le tragique de l’Histoire et une logique réaffirmée de continuité patrimoniale. Le texte agit en effet à la manière d’un véritable dispositif qui articule différents enjeux – esthétique, historique, mémoriel – tous intimement liés à l’inscription dans le sol romain.

D’abord présentée sous le signe de la perte, la Muse du moderne Orphée en vient à incarner à la fois la fracture et la pérennité du souvenir ; cette Muse de la modernité littéraire va permettre un premier pas vers la jointure de l’Ancien monde et du présent en refondation.
15h10 : discussion

15h30 pause

15h45 Gaëlle LOISEL : « Berlioz et Shakespeare à travers Lélio ou le Retour à la vie. »

Nos recherches portent sur la réception de Shakespeare et ses adaptations musicales par Hector Berlioz. A ce titre, nous questionnons à la fois l’œuvre littéraire (Mémoires, correspondance et critique musicale) et l’œuvre musicale du compositeur, afin de voir en quoi Shakespeare constitue une pierre angulaire de l’esthétique berliozienne.

À travers l’exemple de Lélio ou le Retour à la vie, nous envisagerons les modalités de présence de Shakespeare dans une œuvre musicale singulière : un mélologue. L’œuvre alternant monologues et pièces musicales variées, nous verrons comment s’articulent divers procédés, de la mise en scène de figures shakespeariennes par le biais de processus d’identification à l’adaptation musicale d’œuvres comme la Tempête, en passant par l’intégration de Shakespeare dans le cadre d’un discours critique sur la musique.
16h10 : discussion

16h30 Malgorzata ZIOLO : La cruauté : masculine/féminine ?

La Marquise de Sade de Rachilde et « l’affaire Troppmann »

En 1869, l’opinion publique est profondément bouleversée par l’assassinat de huit personnes de la famille Kinck, commis par un jeune garçon de dix-neuf ans, Jean-Baptiste Troppmann. Ce crime mystérieux devient le sujet de nombreuses spéculations dans la presse, dans lesquelles transparaissent les principales préoccupations et craintes de l’époque : la famille, les conflits sociaux, le nationalisme, l’homosexualité.

La protagoniste de La Marquise de Sade, roman de Rachilde paru en 1887, s’identifie explicitement avec un des plus grands criminels du XIXe siècle. Mary Barbe considère en effet la cruauté comme un moyen de transgresser l’ordinaire condition féminine, perçue comme celle de victime. Cette prise de distance par rapport au féminin passe par la figure de la mère, première source d’identification pour la fille.

Les penchants criminels, ceux du protagoniste de « l’affaire Troppmann », ainsi que ceux du roman de Rachilde, sont toujours associés à l’identité sexuelle trouble, féminisée dans le cas de Jean-Baptiste et masculinisée dans celui de Mary Barbe.

16h55 : discussion


Archives : Programme de la journée des doctorants : 31 mai 2007

14 h 00 : Sylvine DELANNOY

  • Incidence du Märchen sur l’énonciation musicale des Märchenbilder opus 113 (1851) et des Märchenerzählungen opus 132 (1853) de Robert Schumann. Résumé

14 h 30 : Élodie SALICETO

  • Le « néoclassicisme » littéraire : un paradoxe fécond. Résumé

15 h 00 : Discussion

15 h 30 : Pause

15 h 45 : Sarah AL-MATARY

  • « Le monde latin est un monde-femme ». Latinité, race et genre dans le corpus fin-de-siècle. Résumé

16 h 15 : Carine GOUTALAND

  • Des saveurs aux savoirs : la littérature gastronomique en France au XIXe siècle. Résumé

16 h 45 : Discussion


Résumés des présentations :


Sylvine DELANNOY

  • Incidence du Märchen sur l’énonciation musicale des Märchenbilder opus 113 (1851) et des Märchenerzählungen opus 132 (1853) de Robert Schumann.

Dans la lignée des travaux de musicologie américains sur la question de la narratologie en musique, nous formulons l’hypothèse que Schumann élabore dans les Märchenbilder opus 113 pour alto et piano (1851) et les Märchenerzählungen opus 132 pour clarinette, alto et piano (1853) un nouveau mode de formulation musicale basé sur le Märchen littéraire. Pour les poètes, le Märchen semble tout désigné pour une mise en musique : selon Novalis, « le conte est tout entier musical » (das Märchen ist ganz musikalisch).

Alors que l’association entre musique et poésie est une problématique récurrente chez Schumann, comment s’opère dans ces pièces la mise en place d’une rhétorique musicale spécifique ? Nous établirons des analogies entre le mode de récit que propose le Märchen et la gestion du musical par Schumann : rencontre incessante du rationnel et de l’irrationnel, du passé et du présent, tissage subtil de différents niveaux de réalité…

Il se pourrait finalement que ces pièces, nées au moment où Liszt compose ses premiers poèmes symphoniques et où Wagner bascule de Lohengrin aux premières esquisses de Tristan, soient la réponse schumannienne au problème d’un art qui veut voir fusionner musique et poésie tout en se détournant de l’obligation d’entrer dans un genre ou une forme préétablis.
14h30

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Élodie SALICETO

  • Le « néoclassicisme » littéraire : un paradoxe fécond.

La présente réflexion aura pour objectif de me permettre d’élaborer, puis de soumettre aux critiques de l’équipe, ce que je conçois comme un préambule méthodologique, un cadre théorique à ma recherche sur les enjeux esthétiques de la représentation de l’Italie de Chateaubriand à Stendhal (1790-1820).
Le « néoclassicisme », dans l’étude du corpus, apparaît de plus en plus nettement comme un anachronisme nécessaire, un concept à forger, susceptible d’investigation en domaine littéraire dans le sillage des travaux de Michel Delon, Jean-Claude Berchet, Francis Claudon ou Hans Peter Lund.

Cela impliquera d’envisager le terme dans ses rapports à l’académisme, au « romantisme », à la « modernité » voire à l’« antimodernité » (A. Compagnon) afin de s’appliquer à le circonscrire et surtout à requalifier la démarche néoclassique dans toute sa complexité. Le paradoxe majeur d’une telle démarche est bien d’exprimer l’« idée » de son temps tout en paraissant « démodée », en somme de vouloir faire du neuf avec de l’ancien. Loin de constituer un « nouveau classicisme », pure répétition de celui du Grand siècle ou même de la Renaissance, le néoclassicisme se veut un autre « classicisme », c’est-à-dire un nouveau type de rapport à l’antique qui fait servir le modèle gréco-romain à des enjeux d’actualité, artistiques mais également idéologiques, souvent sur le mode polémique. Ainsi le discours sur l’Italie devient-il, dans les textes considérés, le creuset d’une définition en tension du néoclassicisme littéraire.

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Sarah AL-MATARY

  • « Le monde latin est un monde-femme ». Latinité, race et genre dans le corpus fin-de-siècle.

Le « mythe » de la décadence des « races » serait-il également un mythe sexuel ? C’est ce que suggère le corpus fin-de-siècle, où le déclin des populations latines et catholiques est figuré comme une dévirilisation. Sur ce point, essais et romans se rejoignent, recourant à des imaginaires et un lexique semblables. L’isotopie nosographique côtoie l’isotopie sexuelle, ce qui confirme l’hypothèse, émise par Elsa Dorlin dans son récent ouvrage La Matrice de la race. Généalogie sexuelle et coloniale de la Nation française, que « les catégories du sain et du malsain […] ont été le médium théorique des acceptions modernes du sexe et de la race ». En ce sens, le XIXe siècle initie une forme de régression à l’âge classique, où « le corps féminin est un corps malade et tout corps malade est par définition un corps efféminé ». Mais d’où procède cette caractérisation topique, qu’on retrouve aussi bien chez Bismarck, Le Bon, que sous la plume d’un romancier philolatin comme Joséphin Péladan ? Est-elle imposée, sur le mode de l’injure, ou susceptible d’apparaître dans le travail d’auto-appréciation des Latins ? Par quels moyens la détourner ? Comment une désignation extérieure en vient-elle à être acceptée, voire revendiquée ?

À travers un bref aperçu de notre réflexion de thèse, nous tenterons de cerner l’origine, la nature, et les implications idéologiques et esthétiques de l’opposition entre « races mâles » et « races femelles ». La psychologie des peuples et l’élaboration de caractères nationaux ou supranationaux commandent en effet la construction de certains types romanesques. Rêveurs, irréalistes, mélancoliques, sensuels, les personnages de Latins prennent fréquemment place dans des configurations binaires, où ils sont opposés à leur Autre. Les romans mettant en scène des mariages « mixtes » sont à ce titre particulièrement intéressants, car ils laissent penser que la bipartition entre les « races » germaine et saxonne, froides et viriles, et les « races latines » pourrait se faire sur le modèle du couple « Aryens »/« Sémites », invité à une union idéale bien qu’improbable.

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Carine GOUTALAND

  • Des saveurs aux savoirs : la littérature gastronomique en France au XIXe siècle.

Le triomphe du discours gastronomique, en France, au XIXe siècle, s’accompagne d’une diversification des écrits et d’une différenciation des genres – lesquels ne sont, d’ailleurs, pas toujours clairement définis. La Physiologie du goût de Brillat-Savarin, qui se présente comme un traité scientifique, peut aussi être lue comme le poème de Gasterea, la muse du gastronome… Grimod de La Reynière souligne avant Brillat-Savarin le caractère multiple de ce qu’il nomme tantôt la « science gastronomique », tantôt l’« Art alimentaire [1] ». Et Alexandre Dumas, s’interrogeant sur la forme qu’il doit donner à son Dictionnaire de cuisine, aspire à « être lu par les gens du monde et pratiqué par les gens de l’art. [2] » C’est dire que la gastronomie est affaire de connaissance et de jouissance, entre science des saveurs et plaisir du savoir. Un gastronome digne de ce nom doit savoir manier la plume aussi bien que la fourchette, à l’instar de ce « jury dégustateur » qui se réunissait le mercredi autour de Grimod de La Reynière, afin d’évaluer mets et restaurants, faisant la renommée de tel traiteur et arrêtant la disgrâce de tel autre.

Ainsi, la chère fait l’objet d’un discours savant, à la fois scientifique et esthétique, qui explore les secrets du plaisir gustatif. Il s’agira de montrer comment la littérature gastronomique (dont le poème de Berchoux, La Gastronomie ou l’Homme des champs à table, constitue l’acte de naissance, en 1801) se fait le creuset où s’incorporent les saveurs et les connaissances, où le savoir devient sapide.

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[1Alexandre Balthasar Laurent GRIMOD DE LA REYNIÈRE, préface au Manuel des Amphitryons (1808), Paris, Métailié, 1983, p. XXV, XXVII et XXIX et XXXIII.

[2Alexandre DUMAS, Mon dictionnaire de cuisine (1882), Paris, 10/18, 1998, p. 44-45.