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Activités du LIRE 2007-2008

Séminaire de l’UMR LIRE, équipe 18e Grenoble à l’université Stendhal Grenoble 2

Équipe dirigée par Jean-François Perrin

publié le , mis à jour le

2007-2008

Séminaire de recherche animé par Martial Poirson

POLITIQUES DU REPERTOIRE : ARCHEOLOGIE DU THEATRE REVOLUTIONNAIRE

Université Stendhal Grenoble III

Départements Lettres Modernes et Arts du spectacle

Master

THEME GENERAL

Ce séminaire, portant à la fois sur les arts de la scène et sur les textes dramatiques, est ouvert aussi bien aux étudiants en lettres modernes qu’en arts du spectacle, et plus généralement, à tous les étudiants intéressés au croisement de l’histoire, de la littérature, des arts vivants ou encore, des sciences politiques. Bien que pensé dans une perspective de recherche permettant notamment d’aborder des textes rares, voire introuvables du patrimoine théâtral, et de mobiliser les dernières recherches en cours sur la question (il est jumelé à un colloque international au Musée de la Révolution française), il comporte cependant une forte dimension pratique, puisqu’il est associé, d’une part, à un projet de mise en scène (résidence artistique d’Hervé Loichemol, seconde quinzaine de janvier), d’autre part, à un cycle de lectures (Voltaire, Chamfort, Olympe de Gouges) et à la mise sn scène de La Philosophie dans le boudoir de Sade (Christine Letailleur, MC2).

L’intérêt récent porté, dans la perspective d’une conception pratique de la performance théâtrale, aux spectacles pendant la Révolution a permis de féconds développements des connaissances sur la vie théâtrale intense de la période et sur les innovations en matière de décors, scénographie, costumes, accessoires, jeu dramatique, public... Il a notamment mis en évidence la contribution essentielle de la Révolution française à l’essor des arts de la scène et du spectacle vivant, autant qu’à la prise de conscience des enjeux de ce qu’on appellera bien plus tard la mise en scène. Comme telle, l’analyse de cette période semble essentielle à la réflexion sur l’histoire et la mémoire du théâtre.

Mais une telle perspective est indissociable d’une interrogation littéraire sur le répertoire dramatique révolutionnaire qui se monte sur l’ensemble des théâtres en liberté de la période, autrement dit, sur les très nombreuses reprises d’œuvres antérieures (souvent notablement modifiées par l’intervention de la censure), mais aussi sur les non moins nombreuses créations d’œuvres écrites à la faveur des événements. Ainsi, histoire sociale, politique et cultuelle concourent à fournir les outils d’analyse d’un corpus riche et divers, qui va du drame historique à l’utopie et à l’uchronie…

C’est pour contribuer à inventorier ce corpus longtemps considéré à tort comme mineur, tout en intégrant les avancées en terme de connaissance des arts de la scène révolutionnaire (le texte de théâtre ne pouvant qu’être considéré, dans la perspective qui est la notre, comme un élément de mise en scène à part entière, comme le montrent les nombreuses interventions de comédiens et d’auteurs sur les manuscrits de souffleur et le hiatus entre texte joué et texte imprimé) que nous proposons aujourd’hui un séminaire consacré au théâtre pendant la Révolution. Il s’agira notamment de mettre en évidence les expériences d’invention de forme ou de laboratoire d’écritures nouvelles, mais aussi les phénomènes de réécriture, d’adaptation et de reprise du répertoire préexistant, afin de s’interroger sur la complexité et les enjeux idéologico-dramaturgique de ces formes hybrides qui portent les stigmates de leur temps et d’idéologies qui placent le théâtre au cœur même de leur projet de réforme politique des mœurs et des sensibilités. On cherchera notamment à montrer la prédisposition de certaines formes à véhiculer un certain nombre d’idées nouvelles qui peuvent s’avérer subversives.

Plusieurs pistes s’offrent ainsi à la réflexion, mais ne la limitent pas :

- La question de l’écriture dramatique révolutionnaire, envisagée du double point de vue du traitement (ou de l’euphémisation tout aussi significative) du référent historique, et de l’évolution formelles des genres, tous répertoires confondus (non seulement la révolution tranquille du Théâtre de la Nation et la révolution fébrile du Théâtre de la République, mais encore à l’Opéra-Comique, dans les théâtres de la Foire et des boulevards, ainsi que dans les théâtres de société), au contact des événements. Comment les dramaturges consignent-ils, dans des formes, des écritures et des genres adaptés aux circonstances exceptionnelles, l’histoire en train de se faire ? Répondre à une telle question permettra notamment de dissiper un préjugé tenace sur la présumée inexistence d’un répertoire révolutionnaire spécifique.

- La question des reprises révolutionnaires de pièces du répertoire de l’Ancien Régime, envisagées à partir des récents résultats des enquêtes quantitatives qui ont permis de faire le point sur les auteurs et les œuvres les plus joués, autrement dit sur ceux qui sont passé avec succès de l’Ancien Régime aux idées nouvelles. Cet aspect rejoint celui des conditions de représentation et de réception du spectacle, et permet de bousculer un certain nombre d’idées reçues sur les œuvres considérées comme « réactionnaires » ou « révolutionnaires » du répertoire d’Ancien Régime.

- La question de l’impact des conditions matérielles et sociales de production et de réception sur le texte dramatique, véritable palimpseste portant les stigmates de sa mise en pratique, envisagée notamment à partir de l’appropriation, par le public, du plus noble au plus populaire, des textes, et partant, par sa politisation, mais aussi de la censure révolutionnaire, envisagée à la lumière des récents travaux de dépouillement d’archives historiques, permettant d’établir une sorte de critique génétique de ces textes.

- La question de la mise en scène contemporaine de ce type de répertoire, autrement dit, de son actualité scénique, notamment à l’occasion de la programmation, par la MC2, de La Philosophie dans le boudoir de Sade, dans la mise en scène de Christine Letailleur, mais aussi d’un travail d’atelier et de pratique de jeu animé par Hervé Loichemol ou encore, les nombreuses lectures qui émaillent le séminaire.

Evénements associés : Exposition de livres de théâtre appartenant aux fonds du Musée de Vizille et de la Bibliothèque-Musée de la Comédie-Française ; lecture-mise en espace de la Paméla de François de Neufchâteau représentée sur la scène du Théâtre de la Nation (réédition à Oxford, SVEC 2007 :4) ; cycle de lectures allant de La Mort de César, lue par Hervé Loichemol avec ses deux dénouements différents) au Marchand de Smyrne et à La Jeune indienne de Chamfort, en passant par L’Esclavage des noirs d’Olympe de Gouges ; mise en scène de La Philosophie dans le boudoir de Sade.

Les étudiants du séminaire seront impliqués dans un projet de lecture-mise en espace organisé à l’occasion de la résidence artistique d’Hervé Loichemol qui se déroulera mi janvier 2008 et donnera lieu à un spectacle à l’Amphidix, à Vizille, à Ferney-Voltaire et à Genève. Ils peuvent également, s’ils le souhaitent, prendre part à un travail en cours d’édition de textes rares du répertoire révolutionnaire.