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Archives des colloques LIRE

Mémoires secrets, 21-23 septembre 2007

Colloque international

publié le , mis à jour le

Colloque international organisé par l’équipe Grenoble 18e

« Le règne de la critique : l’imaginaire culturel des Mémoires secrets »

21-23 septembre 2007, université Stendhal Grenoble 3

Programme

On connaît en général les Mémoires secrets dits (à tort) « de Bachaumont » comme une source d’informations sur la vie culturelle de la seconde moitié du XVIIIe siècle utile aux historiens, aux spécialistes de la littérature, du théâtre, de l’opéra ou de la musique, de l’esthétique. Ces 36 volumes publiés pendant 25 ans, de 1777 à 1789, ont proposé sous forme de chronique rétrospective un vaste panorama critique de la République des Lettres en France (de 1762 à 1787). Une de leurs particularités, qui les distingue des autres périodiques littéraires, est d’une part de couvrir un champ culturel plus vaste (théâtres de société, pamphlets religieux et manuscrits clandestins, textes matérialistes), qui les rapproche par exemple de la correspondance littéraire de Grimm et Meister, et d’autre part de fournir une information événementielle élargie de plus en plus spécifiquement politique. Cet ensemble complexe, qui n’est pas l’œuvre d’un homme mais d’une équipe, qui n’est pas unifié mais diversifié ou parfois contradictoire, qui change de rythme de publication et de type d’informations, a fait l’objet d’analyses pionnières d’historiens et de littéraires lors d’un colloque à Chicago (J. Popkin et B. Fort).

L’équipe internationale de chercheurs réunis autour de l’UMR LIRE à l’université Stendhal Grenoble 3 (dir. C. Cave et S. Cornand) a entrepris l’édition critique papier et électronique de cette collection dont elle vise aussi à interroger la nature « textuelle » ou les ramifications intertextuelles, les discours et les modes de représentations. Nous aimerions à l’occasion de ce colloque considérer les Mémoires secrets moins comme un répertoire d’informations que comme un texte qui construit l’information, nous éloigner des enquêtes possibles sur les sources et les références pour nous interroger sur les discours et les logiques événementielles qui organisent un certain espace culturel. Car si les Mémoires secrets sont devenus incontournables, alors qu’ils concurrencent ou parfois redisent si ouvertement le Mercure de France, le Journal de Paris, etc., c’est assurément qu’on y trouve une vis critica, une force critique qui peut sembler animer les moindres nouvelles, et un sens du débat qui sans être totalement nouveau est déjà en prise avec la constitution des opinions publiques et de la « médiasphère ». Ce qui, dans cette souveraineté de fait de la critique que les Mémoires secrets ont fini par incarner, nous a semblé pouvoir intéresser la communauté des chercheurs, au-delà d’un intérêt strict pour ce texte, pourrait se déployer selon deux axes principaux :

1) Comment les Mémoires secrets organisent-ils leurs différents discours critiques ? Quel « imaginaire culturel » est à l’œuvre derrière les différents champs couverts, les différentes rubriques esthétiques, qu’il faut interroger plus précisément : quelle critique « littéraire », quelle critique théâtrale, quelle critique musicale, quelle critique picturale (salons), etc ? Quels modes critiques sont utilisés (« compte rendus  », formes du jugement et d’évaluation critique), selon quels principes de récurrences (suivi d’une pièce, séances d’académie, etc) ? Comment cet imaginaire est-il médiatisé : à travers quelles figures du goût (l’amateur, le spécialiste, le critique) ou quelles figures sociales (les actrices, les modes, etc) se donne-t-il à voir ? Plus essentiellement : s’enracine-t-il dans un système de valeurs cohérent, peut-on repérer une esthétique ou une position commune, un même point de vue ? Par ailleurs, en quoi la nature « journalistique » de ce texte peut-elle nous permettre de définir mieux cet imaginaire ? Les logiques de sélection et de cohérence de l’information, la nature de celle-ci, le découpage des champs du savoir ou de la culture, devraient permettre d’évaluer quelle « République des Lettres » est ici constituée et reconfigurée. Claude Labrosse analysait le journal littéraire d’Ancien Régime comme la capacité modératrice, régulatrice, normative, mais aussi la vocation archivistique et à la fois innovatrice de l’« instrument périodique », inventé en quelque sorte pour organiser le champ culturel, pour sans cesse « refabriquer la carte des significations sociales à partir de lieux  ». On peut ici tenter de dresser les cartes spécifiques de ces « lieux », spatiaux, réels et symboliques, comme discursifs ; on peut aussi envisager les rythmes, les régularités, les feuilletons, les affaires, les « campagnes », et le temps qu’ils imposent.

2) Par ailleurs, l’univers culturel ainsi construit pourrait être rapporté à un esprit critique plus général, repérable dans le texte. Peut-on prendre au mot la définition que les éditeurs des Mémoires secrets donnent du projet dans l’ « Avertissement » de 1777 qui fonde la cohérence de cette « collection » – vendue pour sa liberté de ton (il est question à la fois de l’« impartialité » et du « sentiment intime » des chroniqueurs) – sur l’« invasion de la philosophie dans la République des Lettres en France », « époque mémorable » d’une triple « révolution » dans les esprits, due aux Encyclopédistes, aux Économistes et aux Patriotes ? On peut examiner ce déplacement critique afin d’en évaluer l’efficacité et la pertinence dans le texte : en quoi ce passage décisif de la philosophie dans les Lettres est-il structurant ; les Mémoires secrets sont-ils un texte des Lumières ? En quoi véhiculent-ils une critique de nature politique ? Mais au-delà de l’« esprit critique » qu’il est aisé d’y voir souffler jusque dans des formes d’expressions ou des thèmes de notices (persiflage, esprit à la mode, ironie et dénégations), n’y a-t-il pas de manière plus générale à l’œuvre dans les Mémoires secrets un processus de mise en crise des représentations, tel que R. Koseleck le définit pour les Lumières dans Le Règne de la critique ?

Dans cette perspective, quels sont les spectacles qui nous sont donnés à voir ; ne se doublent-ils pas d’une mise en scène continue de cette société des spectacles ? Peut-on faire l’hypothèse d’une critique qui ne serait pas qu’esthétique ni entièrement soumise aux règles du journalisme, mais que l’on pourrait examiner dans la perspective d’une politisation de la critique esthétique et, au-delà, qu’il faudrait concevoir comme processus, esprit, ou encore mise en place d’un nouvel espace public ? Toutes ces questions, non limitatives, devraient nous permettre d’interroger le travail critique des Mémoires secrets et de distinguer le type d’espace culturel qu’ils inventent et donnent à lire. En cela, la contribution de tous ceux qui par leur spécialité ont été amenés à fréquenter le texte comme de ceux qui s’estiment concernés par ces questions ne peut qu’être vivement souhaitée.





Comité d’organisation : Christophe Cave, Suzanne Cornand, Martial Poirson, Anne Saada (UMR LIRE, CNRS 5611).

Contacts :

Christophe Cave @Cave

Yvette Chiffre @Chiffre.