Les saint-simoniens Arlès-Dufour É. Barrault S. A. Bazard É. Charton M. Chevalier G. d'Eichthal P. Enfantin H. Fournel É. et I. Pereire O. Rodrigues H. de Saint-Simon É. Souvestre I. Urbain Les polytechniciens Les médecins

Généalogie de la famille Saint-simonienne

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Présentation de la famille Saint-simonienne

Par Philippe Régnier

La définition du saint-simonisme n’est pas chose facile : quelles déclarations, quels actes, quelles idées sont des traits distinctifs suffisants ? Saint-Simon était-il « saint-simonien » ? à partir de quelle date existe-t-il des saint-simoniens ? y a-t-il un saint-simonisme et un seul, une orthodoxie et des dissidences, ou bien plusieurs saint-simonismes en droit, même s’ils ne le font pas ou plus, de se prévaloir d’une même origine ? est-on saint-simonien pour toujours, même en dépit d’un reniement plus ou moins public, et seulement parce qu’on l’a été ou bien parce qu’on en conserve quelques idées et qu’on continue à fréquenter des relations qui le sont ou, de mÍme, disent ne plus l’être ? peut-on le devenir après, bien après, la phase militante ? le reste-t-on en son fond ou en son tréfonds si l’on a rejoint les fouriéristes, si l’on suit Auguste Comte, Philippe Buchez ou Pierre Leroux, ou encore si l’on est de ces femmes ou de ces ouvriers passés par la rue Monsigny ou par la colline de Ménilmontant mais qui préfèrent se dafinir comme « femmes libres » ou comme « prolétaires » ? Autant de questions sans réponse possible, en toute rigueur, sans compter d’autres du même genre.

L’approche proposée ci-dessous est un document de travail évolutif, entièrement dû à Lionel Latty. Ainsi qu’il le préconise à partir de l’expèrience de sa recherche sur Henri Fournel, Lionel Latty s’y appuie sur les repères précis et incontestables que fournissent l’historique et les listes des groupes successifs. Sont en l’occurrence pris en compte : le Collège, soit le groupe de militants constituant l’étage supèrieur de la hiérarchie immèdiatement sous les deux « Pères suprêmes », Bazard et Enfantin ; la Retraite de Ménilmontant, soit la quarantaine d’hommes sélectionnés par Enfantin en 1832 pour une ascèse physique et spirituelle destinée à en faire ses « apôtres » ; et une structure tardive de solidarité, discrète, sans finalités militantes, élargie à de simples sympathisants (dont de très connus), mais trop souvent négligée : les « Amis de la Famille », soit, dans le langage d’aujourd’hui, une petite mutuelle, créée sur le tard, dans le cadre de la législation sociale du Second Empire.

Plusieurs chercheur(e)s du LIRE ou proches du LIRE ainsi que plusieurs membres de la Société ont contribué à la mise à jour et à un enrichissement substantiel des notices saint-simoniennes du « Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier », dit, du nom de son initiateur, « le Maitron ». Des entrées nouvelles ont été créées à cette occasion, notamment au sujet de femmes saint-simoniennes. Quelques-unes des notices présentes sur le site de la Société des Etudes saint-simoniennes ont été reproduites et adaptées d’après cette édition, avec l’aimable autorisation des responsables du Maitron. Voir le volume de Biographies nouvelles, t. 44 (1789-1939, Editions de l’Atelier, 1997) et, pour plus d’exclusivité (car ce volume ne pouvait pas accueillir toutes les nouveautés), le cédérom correspondant (qui, lui, les contient toutes – chez le même aditeur parisien). (Renseignements en ligne sur ce dictionnaire en cliquant ici).
Sur le site ami du LIRE, est par ailleurs consultable un autre recensement provisoire, opéré en vue du « dictionnaire biographique des saint-simoniens ». Une « généalogie intellectuelle de Saint-Simon et des saint-simoniens » visualisant les différents groupes et leurs liens figure en tête du catalogue de l’exposition Le siècle des saint-simoniens (BnF/Le Seuil, 2006).

Précisons qu’à la mort de Saint-Simon, en 1825, il n’existe pas encore de groupe qui se réclame publiquement de lui. A commencer par Auguste Comte, dont la prise de distance par rapport à son ancien maître est notoire, les rédacteurs du Producteur, la revue aussitôt fondée par son dernier soutien, Olinde Rodrigues, et par l’élève en mathématiques de celui-ci, Enfantin, sont loin de s’accorder sur quelque doctrine « saint-simonienne » que ce soit. Tout au plus, de l’extèrieur, parle-t-on alors de « l’école du Producteur  » et de son industrialisme.
Quant aux adjectifs et aux substantifs qui servent à dénommer l’appartenance et ses nuances, ils ont eux aussi varié dans le temps et sont porteurs de sens et de valeurs distincts et variables : «  saint-simoniste », «  saint-simonien », «  enfantinien », « doctrine », « société », « association », « Eglise », etc. Dans les usages internes au mouvement saint-simonien, le mot de « famille », qu’il serait anachronique de projeter dans l’acception qu’en ont discréditée les sectes du XXe siècle, émerge à partir de 1828, et acquiert une grande fréquence avant de subsister essentiellement, après le schisme de 1831, comme un marqueur de la tendance enfantinienne. C’est un mot lourd d’affectivité mais aussi de théorie sociale, ainsi que l’a montré Anne Levallois (« Point de vue psychanalytique sur la Famille saint-simonienne », dans l’ouvrage collectif Etudes saint-simoniennes, 2002).

La Famille
Le Collège - Ménilmontant - La société de secours mutuels

I - Le Collège.

I-1. La première Étape du Collège : en 1828.

Deux ans après que cesse de paraître Le Producteur en octobre 1826, six personnes constituent le noyau initial des premiers saint-simoniens. Ils entreprennent l’élaboration et la rédaction de l’Exposition de la Doctrine, Première année.

I-2. La deuxième étape du Collège :

A partir du 31 décembre 1829, avec la double autorité de Bazard et Enfantin, les Pères suprêmes. La hiérarchie voulue par Enfantin, tout en donnant prise à critiques, est nécessaire pour conduire les nombreuses actions de la Famille : degré des ouvriers, missions en province et en Belgique, rédaction du Globe, campagne de communication.

II. Les Trésoriers de la Famille (par ordre chronologique) :

N. B. La liste du Second degrè est également intéressante. Je propose que l’on attende pour la prendre en compte une deuxième version plus complète qui intègre aussi d’autres responsables comme les responsables des missions en province, en Belgique, des prédications à Paris et ceux du Degrè des ouvriers.

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II - Ménilmontant, un repli sublimé en « Retraite »

Le 20 avril 1832, date de la parution du dernier numéro du Globe, l’article d’Enfantin intitulé « Au monde, moi, Père de la Famille » annonce la nouvelle orientation de la Famille : « Une phase de ma vie est aujourd’hui accomplie ; j’ai parlé : je veux agir. Mais j’ai besoin pendant quelque temps de repos et de silence. Une nombreuse famille m’entoure, l’apostolat est fondé. Je prends quarante de mes fils avec moi ; je confie à mes autres enfants le soin de continuer notre œuvre dans le monde, et je m’en retire. »

Le premier jour de cette retraite est le 23 avril 1832. La dispersion commence à partir du 10 octobre 1832, après plusieurs départs échelonnés à partir de juin.

Le contexte de Ménilmontant, indépendamment des moments forts de la vie en communauté : le vœu de célibat, la prise d’habit du 6 juin, les travaux du 1er juillet, la mort d’Edmond Talabot, la marche vers Courtry pour l’enterrement de Bazard, les réflexions nocturnes relatives au « Livre Nouveau ».

Cinq événements marquent cette pèriode :

La fin de la parution du Globe, d’obédience saint-simonienne

La faillite financière

La présentation le 8 juillet par le commissaire de police de Belleville d’une ordonnance stipulant « qu’il serait établi dans la maison de Ménilmontant, un gardien qui veillerait à ce qu’aucune réunion publique n’eût lieu et qui serait autorisé à requérir la force publique au cas où il y aurait réunion de plus de vingt personnes étrangères.»

Le premier procès (27-28 août 1832) pour violation de l’article 291 du Code pénal, du fait des réunions tenues à la salle Taitbout, et pour outrage à la morale publique. Sont condamnés Enfantin, Duveyrier, Chevalier à un an de prison et 100 F d’amende chacun, Rodrigues et Barrault à 50 F. La dissolution de la société dite saint-simonienne est ordonnée (Charléty p. 154). Enfantin et Michel Chevalier entrent à la prison de Sainte-Pélagie pour purger leur condamnation, le 15 décembre 1832.

Le second procès (19 octobre 1832) sous prévention d’escroquerie à l’encontre d’Enfantin et Olinde Rodrigues, avec acquittement des prévenus. (Charléty, p. 166)

Les participants à la « Retraite » sont :

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III - La Société de Secours Mutuel « Les Amis de la Famille ».

Dès 1848, Arlès-Dufour et Enfantin alimentent un compte d’assistance en y versant chacun 1.500 F environ prélevés sur les gains réalisés lors dans leurs opérations financières. Pour pérenniser l’úuvre d’assistance à certains saint-simoniens, Enfantin décide avec Arlès, Michel Chevalier, Duveyrier, Fournel, Guéroult, Lambert, Laurent, L’Habitant, Emile et Isaac Pereire, la constitution d’une société de secours mutuel susceptible de recevoir des dons et legs en franchise de droits fiscaux. La société est approuvée par le ministère de l’Intèrieur le 19 juillet 1861. Son Président est Henri Fournel. Les membres honoraires sont ceux qui financent. Les membres participants sont les bénéficiaires des soutiens. Durant les sept années 1861-1867, les secours temporaires de maladie et de chômage, s’élèvent à 32.783 F. [BA FE 7860/32]

Membres honoraires :

Membres participants  :

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