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Pierre-Ange-Casimir-Émile Barrault

Par Philippe Régnier

Né le 17 mars 1799 à l’île Maurice (alors île de France), mort à Paris le 2 juillet 1869.

Barrault est l’une des figures de proue du saint-simonisme enfantinien.

Professeur de rhétorique au collège de Sorèze (Tarn) et d’abord membre de l’ « Église du Midi » sous la direction de Rességuier, il rejoignit les saint-simoniens de Paris en avril 1828. Remarqué pour ses talents oratoires, il y connut une promotion rapide. Porte-parole d’Enfantin en matière de littérature et de beaux-arts, il mit en forme un manifeste esthétique, Aux artistes (mars1830), dont l’influence s’étendit bien au-delà des rangs saint-simoniens, jusqu’à Jaurès compris.

Le brillant et la puissance d’émotion de ses « prédications » ont laissé des souvenirs inoubliables à ses auditeurs, dont Michelet. Barrault se vit confier la responsabilité de la rubrique littéraire du Globe en 1832 et occupa un rôle de premier plan pendant la retraite de Ménilmontant et le procès des saint-simoniens.

Mû par une grande ambition personnelle et enclin à agir pour son propre compte, il fonda en 1833, à Lyon, un groupe intitulé les « Compagnons de la Femme » et partit à sa tête chercher en Orient, d’Istamboul à Alexandrie, la Femme-Messie prophétisée par Enfantin.
Rentré en France en janvier 1835 après un périple aussi infructueux qu’aventureux, il écrivit des essais sur la question d’Orient et se reconvertit dans le journalisme. Il collabora notamment à La Patrie, au Courrier français (dont il fut le rédacteur en chef de 1843 à 1845) et à La Presse, à laquelle il donna en décembre 1847 trois articles qui firent quelque bruit en raison de sa défense véhémente des prétendus « barbares » du peuple.

En 1848, candidat malheureux aux élections de mars dans le département de la Seine, il fit paraître, à partir du 1er juin, Le Toscin des Travailleurs. Y prirent part notamment François Delente, un ancien ouvrier-cambreur devenu bouquiniste, Désirée Gay et le menuisier Gabriel Gauny. Le dernier numéro de ce journal, en date du 24 juin, annonce que « le sang coule sur les barricades [et que] la faute en incombe entièrement au gouvernement ».
Barrault tenta ensuite de fonder une colonie agricole en Algérie dans la province d’Oran, qu’il représenta à l’Assemblée nationale de 1850 à 1851. Sous le Second Empire, avec son frère, l’ingénieur Alexis Barrault, il mit sa plume au service de projets industriels de grande envergure : les chemins de fer en Espagne et en Russie, puis le canal de Suez.

Dramaturge à l’occasion (trois pièces de théâtre, dont deux sous le nom de Mme Casamajor) et romancier d’une seule œuvre (Eugène, paru en 1839, est un roman à clés saint-simoniennes), Barrault prit ses distances avec Enfantin dans les années 1850. En 1861, il résumait ainsi sa position à l’intention des Pereire : « Depuis six ans, je suis chrétien. J’en rends grâces à Saint-Simon, et je n’ai pas cessé d’être  ».
C’est ainsi qu’après avoir publié en 1865 un essai sur Le Christ (1865), Barrault eut néanmoins un enterrement civil.

[Article repris, à quelques modifications et suppressions près, du volume de Biographies nouvelles, dirigé par Michel Cordillot, Claude Pennetier et Jean Risacher, dans la collection, dirigée par Claude Pennetier, du Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, t. 44 (1789-1939), Paris, éditions de l’Atelier, 1997, p.  39-40.). à citer sous cette référence.]

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